ROBERT PLANT "Lullaby and… the Ceaseless Roar" (2014)

 
 
A l’instar de Jimmy Page, nombreux sont ceux qui doivent considérer depuis quelques années maintenant Robert Plant comme une épine dans le pied, ou comme le disent si joliment les anglophones « une douleur dans le cul », et pester contre cet empêcheur de tourner en rond, ou, en ce qui concerne LED ZEPPELIN, de tourner tout court. En revanche, pour ceux qui suivent sa carrière solo débutée il y a plus de trente ans, jalonnée de dorénavant dix albums studio et quelques digressions rock ou country tout aussi couronnées de succès, la logique de ses choix ne surprend pas. Alors que des deux têtes pensantes du mythique dirigeable l’une, désormais septuagénaire, passe son temps en studio à remasteriser le passé, l’autre poursuit une quête qui depuis « Dreamland » (2002) et sa rencontre avec le multi-instrumentiste Justin Adams le pousse vers l’expression ultime de son art et son âme. Entouré d’un ensemble de musiciens qui partagent sa vision de la musique, qu’ils se nomment « strange sensation » ou « sensational space shifters » ce sont quasiment les mêmes, Plant s’est lancé dans un étonnant voyage spatio-temporel qui le voit remonter au Rock, non seulement tel qu’il l’a découvert dans son enfance, mais aussi à ses sources qu’elles soient country ou africaines, pour mieux les réinsérer dans une expression moderne. Dès lors, s’affranchissant de toute limite, Plant mêle dans son œuvre instruments modernes et séculaires, inspirations africaines, occidentales, ou encore celtes, avec comme paramètres récurrents l’émotion, le groove, et le rock. Le terme de space shifters (plieurs de temps) prend tout son sens à l’écoute de ce « Lullaby and… The Ceaseless Roar », la principale illustration en étant le lien entre le morceau placé en ouverture, « Little Maggie », titre traditionnel bluegrass africanisé, et celui qui clôt l’album, « Arbaden (Maggie’s Babby) », qui dans une ambiance électrico-electro fait écho aux paroles du premier. Mais la musique de Plant, malgré ses innombrables influences, ne donne pas dans le grand écart. Au contraire, elle rassemble les pièces d’un même puzzle, celui d’une certaine idée de la world music, gratifiant d’une âme et d’un sens cette expression qui en est habituellement dépourvue. Tour du monde, tour du temps, tour de l’espace… « I am a traveller of both time and space… » chantait Plant sur « Kahsmir »… Il en a fait sa raison d’être. On appréciera d’autant plus le dosage subtil de ce nouvel album, la voix désormais de velours d’un Plant dans ses habits de crooner rock passant sans transition et avec grâce de morceaux calmes et « roots » (« Rainbow », « Pocketful of golden ») à d’autres électriques (« Turn it up », « Up on the hollow hill (Understanding Arthur »). Ce « Lullaby and… » forme un tout, illuminé par « Embrace another fall » qui résume à lui seul la recherche de l’artiste, avec ses instruments tribaux, sa voix gorgée d’émotions, son solo de guitare électrique, et la surprenante partie chantée en gaëlique. Tout au long de cet album, Robert Plant chante l’amour sur les cendres d’une séparation. Sans autre frontière que celle du rock, il poursuit son chemin loin du tumulte.
 
ROBERT PLANT & THE SENSATIONAL SPACE SHIFTERS
« Lullaby and… the Ceaseless Roar »
Nonesuch Records
 
Sorti le 08 septembre 2014

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