Il aura donc fallu 18 ans pour que FAITH NO MORE donne un successeur à « Album of the year ». 18 ans d’absence discographique, mais surtout 11 ans d’absence – tout court – et de manque pour les fans de ce groupe qu’il serait réducteur de définir simplement comme hors normes tant il a toujours été précurseur. Reformée en 2009 pour la scène, la bande à Patton n’a pourtant eu de cesse de fermer les portes à l’éventualité d’un retour en studio, et de doucher froidement les attentes de ses fans qui, s’ils l’espéraient, ont au fil des années appris à ne plus y croire. Peut-être était-ce mieux ainsi. Après tout, le risque était grand d’entacher une discographie proche de la perfection. Et puis, le temps a passé avec ses outrages… Comment continuer à apparaître novateur après un hiatus de 18 ans, hors normes alors même que le son du groupe a forgé l’identité de quantité d’autres formations depuis les années 90, extrême alors que le chant hardcore et les fusions les plus excentriques sont devenus une banalité courante ? Depuis 1998, beaucoup se sont appropriés les gimmicks de FAITH NO MORE pour les emmener vers l’infini et au-delà, repoussant les limites des vocaux protéiformes énervés, des riffs groovy, du mélange des genres que l’on nomme crossover, de l’alliance contre nature de l’eau et de l’huile, du feu et de la glace, imaginant et créant l’évolution naturelle qui, pensaient-ils, aurait à coup sûr été celle de FAITH NO MORE. Toujours plus vite, plus haut, plus fort, plus loin. Les olympiades de l’extravagance. Pourtant cela ne faisait aucun doute, FAITH NO MORE allait revenir et mettre tout le monde d’accord, illuminer le monde du Metal de son génie. Oui mais voilà. Depuis 18 ans, les fans orphelins ont espéré cet album. Ils l’ont rêvé, désiré, imaginé, fantasmé ! Et s’accumulaient ainsi toutes les raisons de décevoir. Mais à bien y réfléchir, quel album de FAITH NO MORE n’a pas décontenancé l’auditeur à sa sortie ? Car le fan de FAITH NO MORE est multiple. Il peut préférer les nappes de claviers éthérées aux vociférations éructées, la basse groovy à la fusion improbable, le riff rageur aux ambiances jazzy. Il existe véritablement autant de FAITH NO MORE que le groupe a de fans. « Sol invictus », insert cd, play. La mâchoire tombe. Les neurones se déconnectent. Le temps suspend son vol. Un ange passe. Une mouche aussi. « Sol Invictus » n’est pas l’album qu’on attendait. Mais ça, on s’y attendait. « Angel Dust », « King for a day…» ou « Album of the year » ne l’étaient pas plus. Si après 18 ans le groupe a gardé une force, c’est celle de surprendre. Apaisés, FAITH NO MORE nous rappellent en dix titres tout ce qu’ils ne sont pas, et ô combien ceux qui revendiquent leur héritage depuis ces longues années se sont fourvoyés. La voix de Patton si emblématique n’est pas le pivot du groupe. FAITH NO MORE, c’est définitivement la bande à Gould, membre fondateur avec Bordin et Bottum, qui une fois encore a porté cette nouvelle œuvre à bout de bras. Il y a parfois, fugacement, un peu de « King for a day », de « The Real Thing » ou de « Introduce yourself » caché dans ce « Sol invictus », mais pas de facilités ni de resucées. La production sans fioritures, percutante, permet et même impose une écoute à fort volume. FAITH NO MORE est insolence. Passé le premier frisson des retrouvailles avec ce son de basse tellurique, ces claviers hypnotiques et ce chant à nul autre pareil, l’auditeur doit surmonter le regret de ne pas trouver tout ce à quoi il s’était préparé. Puis une fois ce deuil fait, vient le temps de la découverte, de la lente domestication de cette bête, dont chaque note n’a qu’un but, l’efficacité. Cet album est de bout en bout un vrai album de FAITH NO MORE, comme l’étaient les précédents pourtant tous différents. 40 petites minutes au cours desquelles les cinq musiciens rescapés d’« Album of the year » n’en font qu’à leur tête, loin des modes, des convenances, des normes. L’album s’ouvre sur un titre calme et se clôt par une ballade aux sonorités folk 60’s ? Et alors ! Seuls deux titres sont complètement énervés (« Superhero » et « Separation anxiety ») qui pourtant ne s’approchent jamais d’un « Caffeine » ou d’un « Ugly in the morning » ? Et alors !! Le single « Motherfucker » ne ressemble à rien ?? ET ALORS !!! « Sunny side-up » est une petite bluette entêtante, « Cone of shame », « Rise of the fall » et « Black friday » offrent trois déclinaisons audacieuses d’un même schéma chaotique qui par bien des égards rappelle à la marge ce qu’à fait Patton avec TOMAHAWK. « Matador », quant à lui, est un petit bijou qui résume la versatilité, la puissance et la violence du son inimitable des californiens. Et c’est tout. Trop peu après 18 ans, certainement, mais l’essentiel est là. Au fil des écoutes, « Sol invictus » se révèle puissamment addictif, insidieusement indispensable, et rassemble toutes les qualités pour revendiquer à terme une place de choix dans la discographie du groupe. Difficile de parler de retour gagnant quand il s’agit d’évidence.
Faith No More
SOL INVICTUS
Sorti le 19 mai 2015
Reclamation Recordings
Faith No More
SOL INVICTUS
Sorti le 19 mai 2015
Reclamation Recordings

