IRON MAIDEN "The Book of Souls" (2015)

 
 
« The Book of Souls » est le seizième album d’IRON MAIDEN, un groupe que nous ne vous ferons pas l’affront de vous présenter. C’est aussi le douzième avec Bruce Dickinson au chant, et le cinquième depuis le retour de celui-ci au sein de la vierge de fer en 2000. Cinq, c’est aussi le nombre d’années qu’il a fallu pour la première fois attendre pour se mettre un nouvel album studio entre les dents (ce qui n’est pas sa destination première, rappelons-le !). IRON MAIDEN est un groupe hors normes, à la carrière exemplaire, qui n’a jamais vraiment cherché à se renouveler, ce que ne manquent d’ailleurs pas de lui reprocher quelques esprits chagrins vénérant souvent par ailleurs des groupes tels KISS, AC/DC ou MOTORHEAD, pas vraiment réputés pour leur propension à se remettre en cause non plus. Curieusement, malgré leur succès, ce reproche les suit depuis toujours. Allez comprendre… Ainsi, dans ENFER Magazine n° 2 (Mai 1983), on pouvait déjà lire sous la plume de Christian Albouy, au sujet de « Piece of Mind » : « En résumé, si vous avez aimé les 3 premiers MAIDEN, vous aimerez sûrement celui-là. Pour une fois Steve HARRIS a laissé les autres membres s’exprimer en tant que compositeurs ce qui donne tout de même une musique un minimum plus intelligente. Pour un groupe vieux de sept ans, on pouvait espérer mieux ». 32 (Acacia avenue ?) ans plus tard, les choses n’ont pas évolué, à ceci près que tout le monde s’accorde à reconnaître que la bande à Harris n’a quand même pas sorti que des chefs d’œuvre. Ainsi, depuis le grand retour de Bruce Bruce au sein du groupe, MAIDEN a publié des albums écrits avec les neurones (« Brave New World » ou « A matter of Life and Death »), avec les tripes (« Dance of Death »), mais aussi parfois avec les pieds, fussent-ils en apesanteur (« The Final Frontier »). Les fans l’ont compris depuis l’album « The Number of the Beast », Steve Harris affectionne les titres épiques, s’étirant plus que de raison sur des thèmes grandioses, les empilant parfois jusqu’à l’écœurement sur une même galette. Mais trop d’épique tue-t-il l’épique ? A chacun sa réponse. Le groupe a progressivement, c’est bien le mot, flirté avec une certaine forme de metal progressif, dont il leur reste encore à prouver qu’il est fait pour eux. Ce dont rien n’est moins sûr. Et finalement, chacun d’entre nous sait-il véritablement ce qu’il attend de ce nouvel album, à part de longs morceaux rabâchés et tortueux sans véritable étincelle de vie ? La force de l’habitude…, la triste routine d’un vieux groupe de moins en moins enthousiasmant…. Accouchement difficile, sortie retardée de plusieurs mois pour permettre à Dickinson, gravement malade, de se refaire une santé. Littéralement. Mais la vraie promo se fait autour de la forme de l’objet, un double cd, de sa durée, 92 minutes, et du titre qui clôt l’œuvre, un long morceau de plus de 18 minutes écrit et composé par Dickinson. Pas vraiment de quoi rassurer ceux qui persistent à penser, probablement à juste titre, que le groupe a toujours tendance à trop en faire. Et effectivement, force est de reconnaître après la première écoute qu’un coup de taille de ci de là n’aurait certainement pas nui à l’œuvre, bien au contraire. Enfin, on ne se refait pas. Et pourtant… Le premier cd qui compose ce « The Book of Souls » est un condensé de ce sur quoi MAIDEN a bâti sa réputation, avec ses qualités et ses excès parfois horripilants mais pourtant indispensables à son identité. La bonne impression donnée par les premières mesures atmosphériques de « If Eternity Should Fail » en ouverture se poursuit sur chacun des cinq titres qui le suivent. « The book of Souls » dans sa première moitié est un album rafraîchissant, réjouissant, qui donne du plaisir et présente un groupe certes peu novateur mais jouant avec bonheur avec les codes qu’il respecte consciencieusement depuis près de quatre décennies. Après deux albums assez sombres, on retrouve un MAIDEN plus direct, plus spontané, tout simplement rock’n’roll, sans circonvolutions erratiques (« When the River Runs Deep » et son riff 70/80) dans une forme qu’on ne lui avait plus connue depuis « Dance of Death » , un album moins cérébral qui alternait pièces épiques et morceaux plus courts. On prend surtout de plein fouet une belle énergie et l’on ressent une grande envie de la part des musiciens, notamment de la triplette de la six-cordes, Murray / Smith / Gers, qui multiplie les solos nerveux, mélodiques et inspirés. Le son sonne très 70’s, parfois imprécis, et l’on se surprend à plusieurs reprises à penser à Blackmore et Gillan. Quand la musique de MAIDEN se simplifie, on pense aussi immanquablement aux albums solo de Dickinson. Alors rien de neuf sous le soleil certes, mais il brille ici de mille feux (même s’il faut se farcir un bon paquet de « Oh-oh-oh-ooooooh ! » en chœur, mais là encore on ne se refait pas). Bruce Dickinson, dont la voix se couvre avec l’âge, est au meilleur de sa forme et n’hésite pas à redescendre régulièrement dans les médium, sans pousser systématiquement et inutilement son organe. Même « The Red and the Black » dont on craint un instant que ses 13 minutes ne mènent à l’indigestion trouve à mi-parcours un souffle épique qui l’entraîne vers un final de toute beauté. « Speed of Light » poussé à fond est un single convaincant comme Maiden ne nous en a plus proposés depuis longtemps. Le lourd « The Book of Souls », et ses accents orientaux, clôture en beauté le premier cd avec sa fin en rupture typiquement Maidenesque, de celles que l’on connaît pourtant sur le bout des doigts et que l’on sait interchangeables d’un titre à l’autre, où les guitares solos se répondent sur un riff vif, entraînant et chantant (avec aussi quelques « Oh-oh-oh-oh-oooh ! »). 50 minutes de Maiden classique d’excellent niveau, sans que l’ennui ne guette. On en redemande ! Franchement, qui aurait parié sur une telle fête ? La deuxième partie de ce « The Book of Souls », non moins intéressante, se présente toutefois de manière beaucoup moins homogène. Cela démarre avec « Death or Glory », un morceau assez peu bouleversant écrit par la paire Smith/Dickinson qui n’aurait pas dépareillé sur un album solo de ce dernier ou sur « No Prayer for the Dying ». C’est aussi la première (seule) fois à l’écoute de cet album que l’on se prend à souhaiter la fin d’un titre par anticipation… « Shadows of the Valley » qui lui embraye le pas nous ramène quant à lui à l’album « Somewhere in Time » avec son intro rappelant étrangement celle de « Wasted Years ». C’est un titre assez vif et efficace qui malheureusement pâtit de sa longueur (plus de 7 minutes). « Tears of a Clown » se révèle assez pataud, avec un Dickinson dont les intonations font écho à certains titres de « Balls to Picasso », son deuxième album solo. « The Man of Sorrows » enfin, seul morceau co-écrit par Murray, est un titre qui démarre assez calmement et que sauvent d’excellents solos classiques mais assez novateurs pour MAIDEN. Il s’avère difficile de porter un jugement sur ce deuxième cd très décousu dont probablement seul le temps révélera (ou pas) les qualités, et qui a des allures de disque « bonus ». Bon, et ce titre de 18 minutes alors ? En toute honnêteté subjective, il est difficile d’encenser cette pièce maîtresse qui clôture ce 16ème album de MAIDEN. « Empire of the Clouds » est un long morceau répétitif, certainement rempli de bonnes intentions, mais par bien des égards bancal et insatisfaisant. Il tient plus de l’exercice de style inachevé, ambitieux mais hésitant, dont on se demande parfois s’il trouverait sa place sur un album prog du début des années 70 ou dans un musical sur Broadway. C’est bon signe, MAIDEN garde une marge de progression ! Il y a donc à boire et à manger sur ce nouvel album, mais l’on sort repu de son écoute. Il y a bien longtemps qu’IRON MAIDEN ne nous avait pas servi un repas avec un aussi fort goût de « revenez-y ! ». Vivement la tournée, c’est Eddie qui régale !
 
IRON MAIDEN
« The Book of Souls »
Parlophone
 
Sorti le 04 septembre 2015

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