J’apprends ce matin que Toys’R Us est en faillite.
C’était en 76, 77 ou 78… Pour faire simple et radical, surtout radical, on va dire que c’était il y a 40 ans. J’étais quelque part entre le CM1 (qu’on appelait alors la 10ème) et la 6ème. Le mercredi après-midi, on s’invitait entre camarades de classe chez l’un ou chez l’autre. C’était bien avant les téléphones portables et les consoles de jeux vidéo. On jouait au foot, au ping-pong, mais aussi à Action Joe. Parfois, on s’aventurait en ville jusqu’au magasin de jouets. Il y a avait le JouéClub, mais aussi
quelques commerces indépendants. Des échoppes qui ressemblaient à celles dans lesquelles Harry Potter n’aurait pas même osé s’aventurer en quête de sa baguette. Un autre temps. Des boutiques où le commerçant ressemblait à un artisan en blouse grise. Une sorte de professeur qui vous faisait répéter trois fois « Half track » quand vous vouliez compléter votre collection de véhicules militaires Solido. Avec mon cousin, on collectionnait les soldats miniatures. On achetait les boites Airfix. On reconstituait Waterloo avec deux boites, ou le film de guerre du dimanche soir avec des allemands et des anglais. Un jour, je me suis mis à les peindre. Fier d’un résultat qui ne devait pas ressembler à grand chose. Le mercredi après-midi, avec mes copains d’école, on était plutôt maquettes. Heller ou Airfix. On allait chercher qui un Spitfire, qui un Focke-wulf FW 190. Et deux semaines plus tard on achetait un Stuka et un Hurricane. Nous rentrions et nous empressions de les
monter avant le goûter, un peu d’eau, une paire de ciseaux, et hop, les décalcomanies appliquées, nous reproduisions des combats aériens pendant une ou deux heures… Ca paraît ridicule, puéril aujourd’hui, mais nous y étions à fond ! Toys’R Us ne s’était pas encore implanté en France, mais la disparition de cette chaîne enfonce le dernier clou sur le cercueil de mon enfance.
Car cette disparition suit celle des disquaires, des vidéo-clubs, des magasins de jeux-vidéos, de bon nombre de libraires aussi. A qui le tour ?
La diversité et la puissance de la culture qui nous entourait, même si nous n’adhérions pas à tout, disparaissent peu à peu et irrémédiablement, remplacées par le virtuel, le numérique, et la téléphonie mobile. Le monde ne tournera bientôt plus qu’autour d’un objet de 10cm sur 3, si ce n’est pas déjà le cas pour nombre d’entre nous.
C’est ce qu’on appelle le progrès. On dit qu’il faut vivre avec son temps. Toucher ses jouets, c’était quand même bien aussi.



