BLACK SABBATH NE MEURT JAMAIS

Cette semaine est arrivée jusqu’à moi l’énorme boite collector intitulée « The Ten Year War » consacrée à Black Sabbath, l’un des pionniers, sinon LE pionnier du metal. Outre les huit albums studio enregistrés par la formation originale du mythique groupe de Birmingham, la boite renferme un bon paquet de goodies tous plus magnifiques les uns que les autres, dont les plus curieux d’entre vous sont déjà en train de chercher le détail ailleurs sur le web. Je vous mentirais si je n’avouais pas avoir ressenti un petit frisson en déballant cet objet massif. C’est un peu idiot, car musicalement il ne contient aucune surprise. Tout n’est que formel. Et pourtant… oui, le frisson.

On peut débattre longuement, et vainement, des qualités et des travers des différentes périodes du groupe. D’ailleurs, les fans plus ou moins âgés ne s’en privent pas, encore aujourd’hui. Le long du fil conducteur déroulé sur près de cinquante ans par Tony Iommi, l’unique gardien de la flamme, le groupe a souvent brillé, même si les années passant, l’intensité de cette flamme a fini par faiblir. Mais s’il est un fait incontestable, c’est que toute l’essence de Sabbath tient dans ces dix premières années au cours desquelles les anglais créeront, établiront, expérimenteront, du premier titre éponyme jusqu’à la lassitude et les excès qui entraîneront l’inexorable explosion finale.

Le contenu de cette boîte n’est pas qu’une page mais un chapitre entier d’histoire. Peut-être même le premier. Ni plus ni moins. Un bloc fondateur majeur d’une musique intemporelle.

Je m’interroge parfois sur le regard que les jeunes générations peuvent porter sur une œuvre massive qui naquit, évolua, influença et mourut en une courte décennie, alors qu’aujourd’hui l’échelle du temps musical s’est considérablement dilatée. Quelle évolution en effet dans le monde du metal sur les dix ou vingt dernières années ? Comment appréhender en 2017 le foisonnement d’idées ou l’intrépidité dont firent montre ces musiciens libres de tout carcan ? Une partie de la réponse est sûrement dans le frisson évoqué plus haut, lié un peu aussi à un autre temps.

Celui de ma jeunesse, et ce n’est pas anodin. En contemplant les rééditions flambant neuves, fac-similé, de ces huit albums vinyles, je repense forcément à mon premier Black Sabbath. Le vinyle de « Paranoid » acheté au virage des années 70/80. En exhumant cette vieillerie de ma maigre collection, je me revois encore il y a plus de 35 ans tracer au feutre deux petits traits à l’intérieur de sa pochette. Pile poil sur la croix pendant au cou d’Ozzy. Un peu plus d’un centimètre cumulé de sacrilège réalisé en écoutant religieusement le disque. Maintenant que les collectionneurs atteints de maniaquerie aiguë viennent de s’écrouler au sol, je peux aussi avouer sans honte aucune que c’est le seul album sur lequel j’ai laissé traîner un crayon sur les stickers au centre du vinyle, en l’écoutant, traçant des formes géométriques à l’instar de celles qu’aurait laissé un spirographe. Je plaide coupable mais n’éprouve aucun regret. C’était une marque d’appréciation. La création d’un lien charnel avec l’objet, la musique, le groupe. Une signature. Le crayon était le couteau, l’encre le sang. Frères de sang pour la vie. J’ai par la suite raté une carrière artistique prometteuse (je vous laisse juges), mais je suis resté lié à Black Sabbath. A jamais.

J’en frissonne encore aujourd’hui.

 

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