« Est-ce-que vous aimez le rock’n’roll ? ». Le cinquième album de POP EVIL, groupe américain originaire du Michigan, régalera sans souci ceux qui auront répondu « oui » à cette question qui tient plus de la formule de style que d’un véritable questionnement, tant il mélange avec un aloi fort délicieux les deux facettes de son patronyme. Inutile de vous rappeler les temps forts – et ils sont nombreux dans leur pays d’origine – de ses quinze années d’existence, les qualités de ses quatre précédents albums, ou encore les nombreux changements de personnels qui font qu’en 2018 le line-up a presque entièrement été renouvelé autour de son chanteur et leader, Leigh Kakaty (pas de mauvais jeu de mot, merci). Inutile de s’attarder sur le riche – et méconnu dans nos contrées – passé du groupe, puisque du propre aveu de ce dernier, cet album se veut un nouveau départ. D’où l’absence de titre. Oui, car S/T n’est pas le titre l’album, mais signifie tout simplement « Self Titled » en anglais, ou « Sans Titre » dans la langue de Guillaume Musso. Et non pas « éponyme » comme d’aucuns s’obstinent à le prétendre. A ceux-là, je dis que nous en deviserons au fleuret demain matin, à l’aube, devant l’Eglise. POP EVIL entend avec cet album marier les extrêmes, mais nous nous devons de remarquer qu’autant le côté POP est tout relatif, le côté EVIL n’est pas vraiment plus prononcé. En revanche, le groupe sait varier avec talent les atmosphères, les énergies et les émotions, sans jamais perdre de son intérêt. Sous une magnifique pochette monochrome auquel le format CD ne rendra définitivement pas justice, onze titres s’agencent en opposition, comme s’ils devaient garnir une face A EVIL et une face B POP. Les deux premiers singles qui curieusement ouvrent cette face A, « Waking the lions » et « Colors Bleed », révèlent le côté énervé, même si calibré pour les radios US, d’un groupe qui se permet d’évoquer ensuite RATM sur « Ex Machina » et « Art of war ». L’album va crescendo dans l’énergie, le chant se veut revendicatif (il l’est), se permet même de rapper avec force et conviction, les riffs et solos sont efficaces et bien sentis, la musique se réinvente en permanence. Puis « Be legendary », en toute humilité, offre un rock sautillant et un refrain catchy. « It’s our time to shoot the stars ! » chante Kakaty et on se prend au jeu, en se demandant où tout cela va nous mener. Surgit alors « Nothing but Thieves », le titre central, le plus long aussi, qui fait la transition avec la face POP. Si « Crime to remember » avec son piano, franchement pop mais très radiophonique, est moins marquant, cette deuxième face virtuelle très différente de la première se révèle, pour des raisons diamétralement opposées, aussi intéressante, passionnante. « God’s Dam » n’est pas sans évoquer Pearl Jam, tandis que « When we were young », lent et catchy, a tout du tube sans être racoleur. L’album s’achève sur le tout aussi calme et bien-nommé « Rewind » qui génère l’envie irrépressible de relancer l’album pour comprendre le tourbillon sonique que l’on vient de vivre. EVIL POP publie en ce début 2018 un enthousiasmant album de rock qui, bien que marqué par de subtiles influences, brille par son énergie et l’identité qu’il se forge, évitant le piège de la surproduction qui noie bien trop souvent ce style musical prisé outre-atlantique. Tout compte fait, POP EVIL ne ferait-il pas de l’EVIL POP ? (7,5/10)
EVIL POP
« S/T » (pour Sans Titre)
Entertainment One
Sorti le 16 février 2018

