ALICE IN CHAINS « Rainier Fog » (2018)

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« The One you know » lance les hostilités par un accord martelé que n’aurait pas renié Gojira et un chant évoquant Queens of the Stone Age. Heureusement, cette déconcertante surprise ne dure que quelques secondes et l’on retrouve immédiatement la spécificité sonore et mélodique du groupe de Seattle dont Rainier Fog est le sixième album studio en plus de trente ans d’une carrière riche en rebondissements dramatiques. Nous ne remercierons jamais assez Jerry Cantrell (guitare lead et chant), Sean Kinney (Batterie) et Mike Inez (basse) d’avoir relancé en 2005 l’aventure stoppée nette presque dix ans plus tôt par les addictions et finalement le décès de Layne Staley, car depuis le sombre Black Gives Way to Blue (2009), William DuVall qui a hérité à la fois du chant et de la guitare rythmique s’est fondu avec une humilité qui force le respect dans l’entité ALICE IN CHAINS, rendant magnifiquement hommage à Staley sans chercher à l’imiter. Après un The Devil Put Dinosaurs Here (2013) malheureusement peu enthousiasmant, Rainier Fog vient brillamment replacer le groupe sur le devant de la scène. Enregistré à Seattle, dans les studios-mêmes où le dernier album avec Layne Staley avait été réalisé en 1995 (Alice In Chains), Cantrell & Co, sans se départir de leur fameuse tristesse-de-vivre, sortent leur album le plus catchy depuis Dirt (1992). N’ayons pas peur de l’écrire, si l’on gratte un peu le vernis estampillé AiC, Rainier Day est résolument POP ! Mais une sorte de pop mutante, monstrueuse, avec des basses lourdes, des guitares omniprésentes sachant se faire torturées ou lumineuses. Des morceaux composés de tiroirs dont systématiquement l’un laissera malicieusement s’échapper une mélodie entêtante. Le travail d’écriture est ici ciselé comme jamais, et il plane sur lui à plusieurs moments l’ombre distordue des Beatles. Les mélodies vocales harmonisées font honneur à l’histoire du groupe. Les fans les plus anciens adopteront immédiatement les morceaux d’ouverture (« The One You Know » et « Rainier Fog ») et ceux clôturant l’album (« So far Under » et « Never Fade »), conformes à ce qu’on est en droit d’attendre d’ALICE IN CHAINS, mais là où The Devil Put Dinosaurs Here souffrait d’un ventre mou peu marquant, le cœur de Rainier Fog éblouit par sa diversité, son écriture, ses parties de guitares, et ses prises de risques. A la lourdeur de l’immense « Red Giant » succède de manière abrupte la légèreté de « Fly » (quel titre !), puis surgit « Drone » et son esprit 70’s, et « Deaf Ears Blind Eyes » avec ses superbes solos et arrangements, et enfin le jovial « Maybe ». Enfin, jovial, musicalement du moins, car de l’aveu du groupe dont les membres sont désormais tous quinquagénaires, les thèmes de cet album sont unis par la douleur. Celle du temps qui passe, du temps passé, de la fin, de la séparation, de la mort. L’album s’achève sur le poignant « All I Am », sinistrement mélancolique, où le jeu de Cantrell s’oublie, étincelant à jamais. Rainier Fog est à la fois une ode au passé d’ALICE IN CHAINS et un disque moderne. Un album qui honore le passé du groupe et s’en libère. La discographie d’ALICE IN CHAINS compte désormais autant d’albums studio avec Staley au chant qu’avec DuVall. On en veut encore !

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