JOUR 30
Lundi 13 avril 2020
Aujourd’hui c’était férié. Depuis un mois, ça veut dire que c’est un jour comme un autre, sauf qu’on n’est pas payé. Enfin, non, les autres jours non plus d’ailleurs. Bref, ce lundi était un jour comme un autre en fait. Un peu de boulot à la maison, un peu de glande, un peu de rangement.
Le rangement est devenu l’occupation préférée des français.
Il suffit de regarder ses boîtes mail pour voir quels sont les soucis de la population, et les vautours qui tournent déjà autour. Le nombre de banques ou d’organismes financiers qui m’écrivent pour me dire que mes dossiers (lesquels ?) ont été acceptés est impensable ! Il faut surtout aller voir dans les spams. Aujourd’hui, ce devait vraiment être la journée du rangement, puisqu’on m’a proposé des range-sacs et des range-câbles. Sinon, rien que du banal : des masques de protections réutilisables à pas cher, des repas à se faire livrer à domicile, des précisions sur les attestations de sortie sur smartphone… Si je n’avais pas encore l’impression d’être confiné, c’est terminé !
Macron parle à la télé ce soir. Ça n’excite que ceux qui n’ont pas encore compris la gravité de la situation, ou ses opposants qui trouveront une fois de plus matière à critiquer. Tout cela me laisse froid. Tout ce qui a été fait pour l’instant (au niveau mondial, là où Macron n’est que Micron) n’a servi qu’à soulager les services de santé. Au-delà des masques et des tests (la belle affaire !), il me paraît évident que sans traitement ni vaccin, on restera confinés (d’une manière ou d’une autre) encore un bon bout de temps. Je garde juste espoir que quelqu’un trouve quelque chose rapidement. D’un certain côté, je regardais ce matin les livres, les disques, les vidéos sur mes étagères et je me disais que si je voulais vraiment profiter tranquillement de tous, il me serait agréable que le confinement soit prolongé de 18 mois (au moins).
Et cet après-midi j’apprends que c’est exactement ce qu’annonce un « expert » américain. Pas de rassemblements de masse (concerts, sports, etc..) avant l’automne 2021. J’ai aussitôt arrêté de formuler des souhaits. Sauf un peut-être, pouvoir retravailler normalement, et vite ! Et revoir la famille aussi. Et les amis. En bonne santé.
J’ai trouvé la formule qui énerve ma femme. Je la répète à l’envi, et elle colle parfaitement au rythme qui nous est imposé.
« On est dans les temps ! »
A chaque fois que je finis quelque chose, et avant d’en entreprendre une autre (et même après avoir glandé), elle fonctionne à merveille. « On est dans les temps ! ».
A force d’être dans les temps, on va finir pas s’envaser.
Sinon vous avez vu ? Disney+ diffuse des films des années 80 adaptés à notre époque. Les fesses nues de Daryl Hannah dans Splash (1984) viennent d’en faire les frais. Je ne sais même pas qu’en penser… Peut-on lutter contre l’air du temps ? #nousaussi ? Elle était plutôt mignonne Daryl, non ? Et cette gentille histoire de sirène ne faisait guère frétiller de la queue (en tout bien tout honneur)…
Je suis désabusé, et je pense que non, on ne peut pas lutter. Alors je me suis abonné au site de streaming de l’INA. Pas pour regarder quoi que ce soit. Juste pour savoir à portée de mains ces témoignages d’un passé tellement proche mais hautement condamnable par les codes de la société actuelle sur bien des aspects. Le monde d’aujourd’hui n’appartient plus aux quinquagénaires comme moi. Il est impossible de refuser de le laisser filer. Il est trop tard depuis quelque temps déjà.
Le confinement ne finira pas en déconfinement. Il s’achèvera en déconfiture.
Comme cette petite aventure… Et on éteindra la lumière.
(A suivre)
