JOUR 34
Vendredi 17 avril 2020
Le COVID-19 est révélateur de notre époque. Un truc dont on ne sait pas grand chose, mais dont tout le monde parle et sur lequel chacun donne son avis en insultant ceux qui en ont un différent. Tout le monde, donc. Un truc qui fait le buzz et l’unanimité alors qu’on ne sait pas de quoi on parle.
Ça marche pour la politique, la culture, la justice, la science, etc. C’est dorénavant comme ça pour tout. C’est même aussi le cas de l’orthographe sur les réseaux. Si j’étais prof, je me ferai du mouron. L’enseignement est appelé à disparaître. Le savoir n’a plus d’importance. La réflexion non plus. On peut non seulement vivre sans, on peut aussi s’affirmer sans, convaincre sans, et dominer sans. Et c’est universel. Quand je pense à tout ce temps perdu sur les bancs des écoles et des facs… On s’est quand même bien faits avoir.
Heureusement il y a la pub pour nous manipu… euh, pour nous faire réfléchir.
Je suis assez vieux pour avoir suivi les arguments de vente des fabricants de rasoirs. Une lame, puis deux avec la seconde qui coupe à nouveau avant que le poil n’ait eu le temps de se rétracter, trois, quatre, cinq… A un moment, je me suis demandé jusqu’où ça irait, et j’imaginais des rasoirs énormes avec une vingtaine de rangées de lames qui raseraient de l’oreille au bas du menton par une simple application du rasoir sur le visage. Evidemment, ce n’est pas ce qui est arrivé. Mais les publicitaires sont pleins de ressources insoupçonnées, et là où on ne les attend pas. Ces jours-ci, une pub édifiante tourne à la télé en boucle et offre avec un nouveau rasoir Gillette une solution à un jeune barbu qui avait abandonné le rasage parce que son rasoir lui donnait des « irritations et des rougeurs ». C’est sûr qu’avec huit lames le poil a depuis longtemps perdu le temps de se rétracter. La peau aussi d’ailleurs. Donc maintenant on vend des rasoirs non pas sur l’argument qu’ils coupent bien les poils (ce qui à la base est quand même ce qu’on attend d’eux) mais sur le fait qu’il ne donne pas de rougeurs. MAIS PAUVRE CHOUCHOU, C’EST BON TU NE VAS PAS EN MOURIR !!!
Et puis si tu as rougeurs, de toute façon avec le port du masque obligatoire ça ne se verra pas. C’est bon, tu peux sortir des jupes de ta mère mon grand ! Non mais, je vous jure… Entre ça et #metoo, je pense que l’homme de demain sera plutôt l’homme de deux coups de pieds au cul !
Sinon, sur mon fil d’actualité FB, je vois de plus en plus de sites qui proposent des masques customisés, avec un nom de groupe, un dessin rigolo, ou une marque de camembert. Je vais donc en proposer prochainement ici-même. Un modèle avec le logo Darras On The Loose, et un autre avec ma photo en chippendale. Je prends déjà les commandes, n’hésitez pas à me dire où va votre préférence.
Je vois aussi beaucoup de pubs pour des machines à coudre. Avec le fil à retordre que nous donne ce virus, il nous faudrait plutôt une pince et un étau.
Quand les frontières rouvriront et que les avions voleront à nouveau, vous croyez que les pilotes se souviendront où c’est l’étranger ? La vie post COVID-19 sera peut-être une vie MH-370…
Il paraît que le protocole du Dr Raoult serait repoussé aux calanques marseillaises. De là à dire qu’il fera un flop, il y a un pas que les codes de l’humour m’interdisent de franchir.
(A suivre)
