LE CONFINEMENT – Covid 19, Jour 43

JOUR 43

Dimanche 26 avril 2020

J’ai découvert TERMINATOR, le robot tueur venu du futur, avec le premier film de Cameron, non pas à sa sortie dans une salle obscure malheureusement, mais peu de temps plus tard grâce à ce joyau de la technologie vidéo du début des années 80, la cassette VHS, louée dans un magasin qui faisait un peu de tout mais aussi de la hi-fi, et avait transformé son arrière-boutique en vidéo-club car l’avenir était là. Dans le futur apocalyptique présenté par Cameron, il n’y avait plus de vidéo-clubs et franchement si j’avais été à la place du commerçant, ça m’aurait déjà mis la puce à l’oreille. Mais je digresse.

Je ne suis pas le seul ado de l’époque à avoir pris de plein fouet cette fable futuriste, qui n’était en fait qu’une course poursuite matinée d’effets spéciaux parfois bricolés mais assez spectaculaires, mettant en scène une jeune fille en détresse, un méchant impassible, peu bavard, vêtu de noir et inarrêtable (à la manière du Yul Brynner de MONDWEST qui m’avait traumatisé quelques années plus tôt), et un gentil héro innocent mais très fort qui forcément se sacrifiera. Il n’y a pas grand chose à redire sur ce film parce que justement il n’y a pas grand chose à en dire. L’imagination du spectateur, constamment stimulée, faisant le gros du boulot pour boucher les trous béants du scénario.

En 1991, l’équipe se colle à une suite spectaculaire que le premier film n’appelait pourtant pas. Peu importe, devenus superstars entre-temps, Cameron et Schwarzenegger remplissent le contrat au-delà de toute espérance. En vacances à L.A. au moment de sa sortie, je me souviens être allé le voir deux fois avec mon frère au mythique cinerama dome, la deuxième fois dans une salle comble, collé au premier rang le nez dans l’écran pour une des plus intenses expériences cinématographiques de ma jeune existence. Ca et le souvenir impérissable d’être allé chercher deux billets à la caisse avec ma meilleure imitation Schwarzeneggerienne : « Two for T-two. Please. » (me retenant d’ajouter : « if you want to live »). J’adore tellement ce film que je pense l’avoir sur tous les supports. En cherchant bien, je dois même en avoir une copie gravée sur des tablettes de marbre.

cinerama

Alors après, forcément, le succès et les milliards de dollars ont fait leur effet. Je ne parle bien sûr pas de ma situation personnelle, vous l’aurez deviné, mais bien de ce qui après deux films populaires est devenu… une franchise, avec pour unique questionnement artistique : comment capitaliser un max ?

A la sortie du 3, j’étais encore bon public. J’ai aimé. Pour Renaissance, je pense que ça me passait largement au-dessus, à mon grand regret. Genesysc’était plutôt « gêné sys », comme on dit en langage robotique. Mais pas déplaisant dans son premier tiers.

Et voilà qu’arrive Dark Fate, près de 30 ans après T2. Un film réunissant à nouveau Cameron (à la production), Schwarzie et Linda Hamilton. En 2020, avec une moyenne d’âge de 67 ans, le trio affirmait nous régaler niveau action. Et bêtement, vous savez quoi ? On y a cru, comme quand le Dr Raoult annonçait sauver l’humanité. On est quand même bien naïfs parfois !

Alors pourquoi vous parlé-je de ce Dark Fate aujourd’hui, en plein confinement ? Et bien au départ, j’avais prévu de vous parler de ma mère qui fait un déni de réalité. Malgré ses 79 ans, et une forme olympique, elle n’arrive pas à parler correctement du virus qui pourrit notre vie. Elle parle de « Conoraviru…. », du « cov… co…. du 19 ! », et anticipe « la déconfination ». Je m’en vais lui imposer une séance de formation à distance chez Jean-Pierre Pernaut pour la remettre dans le droit chemin. Et puis, hier soir j’ai regardé le BR de Dark Fate. Question gestes manqués, on s’est pas mal tournés autour, ce film et moi. Pas vu à sa sortie en salle, BR acheté la veille du confinement mais pas regardé depuis… Bah voila. C’est fait.

Franchement ? On ne peut pas dire que ce fut la fate.

Déjà, la présence de David Goyer au scénario aurait dû m’alerter. Le tâcheron besogneux du comics au ciné…. Je n’aurais pas de mot assez dur pour exprimer combien j’exècre son écriture. A tel point qu’aujourd’hui je ne me souviens même plus pourquoi. C’est épidermique. Vous allez me dire, c’est quand même un comble pour un journaliste d’affirmer sans expliquer ! Avant peut-être, en 2020 non ! Je ferai comme tout le monde, je m’en tirerai en retournant la charge de l’explication sur les lecteurs en titrant : « Comment expliquer le succès incompréhensible de David Goyer ? ». A vous de jouer ! Pour vous donner une piste, je me suis imaginé comment il a pu vendre son histoire à Cameron, producteur.

« Alors tu vois James, il faut revenir aux fondamentaux pour relancer la franchise et lui donner une sorte de cohérence. J’ai imaginé une histoire où les machines enverraient l’un des leurs dans le passé pour tuer l’humain qui mènera la lutte, tandis que les humains du futur enverront un humain pour le protéger !

Mais David, c’est mon histoire de 1984 !

Ah bon ? Oui, mais là on en fera un vrai film d’action avec des gros guns, des poursuites, et des fausses fins, dans le chaos d’une usine !

Mais David, c’est MON film là !

Ah ? Et si l’humain qu’il fallait sauver est une femme ? Et que l’humain venu du futur est une femme aussi ? Hein ? Ca serait cool ça ! En plus, on pourrait suggérer qu’elles aient un lien ! Tiens, l’humaine du futur pourrait être sa fille !

Mais David, dans MON film, c’était déjà le père qui venait donner naissance à celui qu’il devait protéger (soupir)…

Putain mais c’est dingue !!! On a exactement les même idées ! Trop fort !!!

Euh…

Ou alors, non ATTENDS, mieux encore !!! On pourrait suggérer une amitié profonde, un lien intense entre la femme du futur et la jeune femme qu’elle vient protéger..

Hmmm… vas-y, je t’écoute.

Et même plus encore, on pourrait dire qu’il s’agit d’un couple réuni à travers le temps et…

Non, je te coupe tout de suite, #metoo et compagnie, je donne dedans depuis longtemps, je n’ai rien à prouver à ce niveau-là, je ne vais pas chausser tes gros sabots, David ! Allez, je te laisse cinq minutes, pas plus.

On pourrait faire revenir Arnie et Linda.

Comment ça ?

La mère de John, Arnie vieux…

Mais c’est du réchauffé aussi tout ça !

Oui, mais on pourrait dire qu’ils sont liés par un traumatisme qui les a radicalement changés tous les deux ! Par exemple, Arnie est devenu humain, et Linda une vraie badass !

Tu penses que ça marcherait ?

Mais trop oui ! En plus, ça ferait venir les vieux fans au ciné ! Ils retrouveront leurs acteurs fétiches, la nostalgie jouera à plein, quelle que soit l’histoire. A la limite, l’histoire on s’en fout, comme tu dis c’est la même ! Et puis comme ça Arnie pourra faire de l’humour à froid, les gens adorent ça, tandis que Linda ne s’exprimerait que par des fuck, shit,… Ce sera vraiment génial, crois-moi !

Je ne suis pas sûr…

Alors si on ne peut pas pousser le #metoo à fond, on mettra des gentils mexicains.

(A suivre)

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