HELLFEST 2023 : Millenials : 1 – Generation X : 0

 

LA question revenait tous les ans parmi les festivaliers historiques du HELLFEST, ceux qui avaient depuis leur adolescence vu naître bien des styles et pourtant continué à accompagner sans jamais faillir les héros de leur enfance, jusqu’à Clisson : « qui aura la carrure pour le moment venu remplacer ces légendes ? ». Personne n’avait de réponse. Ou tout du moins personne n’osait l’apporter. Car cela revenait à affronter la fin annoncée d’un monde. La musique est intime, elle accompagne chacun d’entre nous dans chaque étape de notre vie personnelle, elle est une succession de repères, de marqueurs. Elle est aussi intemporelle que générationnelle, et c’est bien là son paradoxe. Après une généreuse édition post-covid en 2022 en forme de bouquet final, les organisateurs du Hellfest, en dévoilant l’affiche de l’édition 2023, ont pris le minotaure par les cornes et apporté une réponse à cette question qui tient en un seul mot glaçant : PERSONNE. Avec moins de dix groupes hard-rock (parmi plus de 180), ce n’est pas une page qui se tourne, c’est un livre qui se referme. Une encyclopédie même ! Avec près de 60 % de groupes nés depuis 2000, le HELLFEST devient clairement, et presque exclusivement le festival des millenials. Par la force des choses et surtout les effets irrémédiables du temps. Pour le plus grand bonheur de dizaines de milliers de festivaliers plus jeunes à qui le monde appartient dorénavant. La routourne a fini par tourner. Le temps des Mainstages historiques à vocation consensuelle entourées de scènes extrêmes est mort. Vive la généralisation des niches ! Les metalleux ne se retrouveront plus autour d’un bon gâteau, mais dégusteront séparément chacun dans leur coin des mignardises à leur goût. C’est un autre monde. C’est même un nouveau monde qui se libère. S’il reste encore quelques scories du monde d’avant, tels KISS (en playback), MOTLEY CRUE (sans Mick Mars) ou IRON MAIDEN par exemple, ce sont les derniers soubresauts d’un monde révolu. Dorénavant, les terres Clissonnaises s’enjailleront en soirées au rythme de la synthwave, aux chansonnettes de stars d’Hollywood (Johnny Depp, Jack Black), ou à la nostalgie de tribute bands (Pantera). Ce constat amer est celui d’une génération qui prend en pleine face son vieillissement. Et qui peut-être réfléchira deux fois dorénavant à la pertinence d’un investissement de 350 € avant de s’engager. Mais qu’importe, car de toute façon cette génération qui communia et frissonna aux riffs de Sabbath, Judas, Maiden, Scorpions, et bien d’autres lors de son adolescence n’a désormais plus d’impact sur le futur musical et commercial du HELLFEST dont le cœur de cible a été transplanté. Il en allait de sa survie. The show must go on. 

HELLFEST 2023 LINEUP

4 réflexions sur “HELLFEST 2023 : Millenials : 1 – Generation X : 0

  1. Là aussi je souhaite apporter un regard différent, vous semblez penser que, parce le hard rock est plus rare -étant le style le plus consensuel d’une mouvance musicale qui n’est plus consensuelle depuis belle lurette- les gens se scindent en niches.
    Déjà je ne pense pas qu’il y ait déjà eu de scènes secondaire vide lors d’un concert au HF, donc aucun gâteau n’a jamais été totalement partagé entre tous les métalleux.
    Mais de très gros gâteaux existent, il suffit de voir le parterre de gourmands devant Slipknot, Sum41 ou Arch Enemy pour s’en persuader, voir la quasi totalité de la foule MS1+2 s’asseyant pour ramer dans le drakkar d’Amon Amarth, voir l’énergie débordante de la fosse devant Eletric call boy (un genre de veryhard-youtube, une émergence fulgurante comme le hard-FM savait parfois produire il me semble).
    Ou rien que de voir la foule impressionnante pour un horaire matinal (de festoche) de 10h30 pour 30min de Vendeed ou Bloodywood. Ou même d’avoir ragé après la personne qui a eu la magnifique idée de mettre The Hu sous une scène secondaire, ce gâteau là était sûrement le plus consensuel de tous: fraîcheur, épices lointaines et glaçage esthétique, tout y était, il n’y a même pas eu de miettes pour les retardataires. tellement de gens essayaient d’en prendre un bout.

    Et puis, de ce dont j’ai entendu parlé de la bouche de la génération précédente, la consensualité (ou alors parle t on d’industrie musicale?) n’était pas vraiment le mot d’ordre, les punks et les hardeux se cherchaient des noises en sortie de concert, les sous genres étaient déjà pléthore: comment aurait été réparti dans les 80′ la foule dans un festival qui jouerait simultanément un Bon Jovi sur une scène et un Black Sabbath sur une autre? Metallica jouant certainement en milieu d’aprem sur une scène qui dépendrait bcp de l’année XD. J’imagine que les plus anciens de l’époque, au mieux, ne prêtaient pas attention à ces ptis jeunes qui jouent trop vites.

    La communion passée des métalleux est pour moi une idée qui est sûrement plus de notre époque que de l’époque dont on parle. Mais oui, je pense comprendre ce que vous voulez dire, même si je suis trop jeune pour avoir connu l’âge d’or du genre (Maiden qui passe dans une petite salle) pourtant quand j’en entend parler je ne suis pas envieux, c’est comme ça, les petits disquaires vendant des rares imports US sont remplacés par des youtubeurs pour l’influence passionnée et par les plateformes de streaming pour le business. J’ai vu Avatar dans une petite salle où il ne reviendront quasi sûrement pas et c’est, je pense, un gâteau de poids pour l’avenir. Si la diversité musicale, tant qu’elle est de qualité, prend le dessus sur l’idolâtrerie (RIP le moral de la fanbase FR de Manowar en 2019) industriel irraisonné de certains groupes gros sabots, moi je suis tout à fait comblé.

    HS/C’est marrant parce que l’effet critiquable de la superficialité grandissante du Hellfest a déjà eu lieu au sein même du genre musical à l’âge d’or (je ne sais pas si ça a été très critiqué/raillé à l’époque). Les 10 groupes venus sont peut être parmi ceux qui ont le plus déployés de moyens en scène/effets, mais était ce nécessaire à leur musique? C’est ceux là même qui ont participé au lancement du concept de concert/show. KISS je ne les ait pas vu en 2019, ni cette année, mais parce que j’ai trouvé mieux à écouter, à voir non, à encourager, c’est certain. La musique ne suffisait pas à l’industrie musicale, la guerre du volume non plus, c’est donc la forme en tout genre qui sera la suite logique. Que les effets de lumière soient passés de la scène au bâtiment de vente de merch HF, que la pyrotechnie de scène anime le dessus des bars, c’est logique au final, à l’inverse si KISS pouvait techniquement et financièrement se payer une grande roue sur scène pour commencer le concert, chacun dans un siège en mangeant une barbe à papa, ils l’auraient sûrement fait, ils y ont ptet même déjà pensé. Certainement qu’à force d’avoir du grandiloquent sur scène B.B. s’est dit qu’il n’y avait pas de raison que ça s’arrête à la scène… et voilà 😉 HS/

    Je respecte les musiciens, j’imagine bien que d’avoir passé la plus grande partie de sa vie à entendre scander le nom de son groupe est une drogue dont il est difficile de se défaire, mais la relève est là, comme elle a toujours été là, elle mérite aussi de jouer en MS et elle réunira peut-être ceux qui prennent le temps, déjà, de l’écouter. Le problème c’est pas la taille ou le goût du gâteau, le problème (le mien en tout cas) c’est le nombre de pâtisseries, encore faut il avoir le courage et le temps de toutes les tester. Pour ça, le Hellfest (comme un autre festoche ceci dit) me fait gagner du temps.
    Si la prog n’amène plus son % de nouveaux groupes, là je pense que ça sera une raison qui me fera regarder à deux fois la dépense demandée. Bien plus que le fait qu’il n’y ait plus de « légende », que d’une part j’aurais pas forcément vu (et dire que j’ai cru que UFO serait cool à voir en 2022 XD) et d’autre part ils sont finalement une des cause de ce qui est décrié: prix du billet et touristes. Je n’ai jamais vu autant de non habitués de concert de métal qu’à 5m de la scène de Metallica, autant vous dire que le moment n’a pas été agréable car il a bien fallu porter les slammeurs, et c’est pas la ptite famille ados+couple collé à leur tel qui prêtent leurs bras. Leçon apprise.
    J’imagine aussi l’effet personnel que vous écrivez sur une génération de musiciens qui passe et d’une époque qui s’éteint, mais pensez à la joie des grands parents, ben c’est pareil, plutôt que de se morfondre sur la disparition des slips en fourrure, faut venir secouer la tête à 10h30 XD. Ces groupes ne seraient sûrement pas là sans un paquet de ces légendes, ces rejetons sont parfois très intéressant, ils n’ont pas la renommé mais donnent tout pour l’avoir et ça c’est bien plus sympa à voir/entendre qu’une tête blanche au dos rigide aussi respectable soit-il, c’est comme ça, la routourne mais se renouvelle, c’est pas le cas partout. J’espère bien qu’un plus jeune me dira un truc du genre dans 20 ans!

    J’aime

    1. Merci pour ce long commentaire ! Je n’ai pas écrit que les niches n’existaient pas auparavant, mais qu’elles sont aujourd’hui et de plus en plus la norme car le socle fédérateur du courant musical metal disparait avec les groupes qui étaient là à ses débuts. Des groupes plus consensuels, oui, même s’il est impossible de plaire à tout le monde. Néanmoins, des groupes mainstreams (ouh le vilain mot !) qui ont donné le nom aux mainstages. Le Hellfest devient un festival de courants, comme cette musique, la presse, ses fans… etc. Je ne sais pas si c’est mieux ou moins bien. Je vais y réfléchir ! Merci !

      J’aime

Laisser un commentaire