Nous l’annoncions en fin d’année dernière (à lire ici !), le HELLFEST acte sans ambiguïté sa mue avec son édition 2023. Nous nous y sommes rendus pour constater dans les faits ce changement de paradigme qui se fait en douceur mais pas sans douleur. En quelques articles courts, nous allons tenter de vous le faire toucher du doigt. Accrochez-vous, c’est parti !
A lire la presse, le hellfest s’explique et se résume en 2023 uniquement avec des chiffres. Le nombre de jours, de scènes, de groupes, de festivaliers, de bénévoles, de salariés, d’hectares, de parkings, de litres de bière, de gasoil, de membres de la HellWatch, d’équipes de tv, d’influenceurs,.. de quoi donner le tournis et d’insupportables maux de tête jusqu’à l’écœurement, voire l’overdose. Victime de son expansion, de son gigantisme, le festival Hellfest est désormais supplanté par la marque qu’il a engendrée. Quel serait dès lors l’intérêt de continuer à parler de musique ? Les médias grand public généralistes invités ont remplacé dans la zone VIP les fans fanzineux et webzineux historiques, ceux-là même qui depuis près de deux décennies œuvraient par amour profond pour celle-ci et ses acteurs. Dorénavant, ce sont des youtubeurs spécialistes d’Histoire, de jeux vidéo, de cosplays, de cuisine vegan, et même France Inter présent sur le site, qui en parlent le mieux sans nécessairement la connaître… mais qu’importe. Nombre d’entre eux ne parlent pas de musique mais de faits societaux : le Hellfest est quasi-systématiquement présenté sous le prisme de son approche à l’écologie, du nouveau stand tenu par la SPA, de la lutte sontre les violences faites aux femmes, de l’inclusivité, du vivre ensemble. Comme Solidays, Lallapalooza ou n’importe quelle vieille charrue. Le Mainstream dilué dans toute sa splendeur. Sans aspérité intrinsèque. Comme rentré dans le rang. Une simple affaire de chiffres dans une ambiance springbreak aseptisée et minutieusement contrôlée. Une affaire qui tourne. En apparence tout du moins.
Car derrière le bruit, le soleil, les néons, la pyrotechnie, les glaces à la vanille, les chapeaux de cow-boys et la barbe à papa, il y a de quoi se poser quelques questions. Sans entrer dans les détails (que nous ignorons) d’une plutôt banale histoire de détournement de fonds révélée à l’issue de cette édition, le prix du billet 2023 avait déjà interpellé en franchissant pour ce qui est du pass 4 jours la barre des 300 €, soit 329 € et une augmentation de 14 %. Avec pour justification la gourmandise grandissante et des têtes d’affiche, et l’interrogation qui en découle : qui a pu demander plus que Metallica présent l’année dernière ? Slipknot ? Tenacious D ? Parkway Drive ? Maiden ?… Et puis il y avait cette année aussi l’absence de gobelets 2023 aux bars du festival qui sans vergogne refourguaient aux festivaliers les gobelets 2022 (vendus 1,60 € et non consignés) ! On peut aussi mentionner le fait d’avoir croisé nombre d’habitués et acteurs historiques du VIP, passionnés de musique, qui ont cette année dû débourser pour y accéder. Difficile enfin de passer sous silence ce temple gigantesque érigé à la gloire du consumérisme, beau la nuit avec ses néons rouges comme une devanture d’Hippopotamus, dont les files d’attente avaient de quoi rendre jalouses celles des sanitaires, des bars, de la cathédrale et des scènes ! Tout concourait cette année à donner le sentiment que le Hellfest n’avait plus qu’un seul but : soutirer le plus d’argent à ses clients. Pardon, ses festivaliers.
Définitivement une histoire de chiffres, mais aussi (et surtout) de Chiffre.


Article très intéressant dont j’attends la suite avec impatience.
Je ne vais plus au Hellfest depuis 2017, question de goût (l’affiche me parle chaque année un peu moins), d’argent (billet + transport + hébergement + bouffe + perte de salaire = ça finit par chiffrer) et simplement d’intérêt (il y a bien longtemps que je n’ai plus d’érection à la vue d’un rayon boites de conserve dans un supermarché – les gros festivals, pas seulement le HF, c’est pour moi l’équivalent musical, avec sa succession de prestataires de service distrayant la clientèle sur une case horaire prédéfinie).
Bref, je suis sûrement trop vieux, trop con ou trop aigri (ou tout ça à la fois) mais j’ai aussi l’impression que le HF est lancé dans une fuite en avant, sur un modèle économique qui arrive à sa fin et que le bord du gouffre n’est plus si loin.
La vente des billets 2024 en est d’ailleurs un signal assez clair (tout en ayant bien conscience que cela est aussi dû à une économie générale de la musique qui a perdu depuis plus de dix ans tout modèle viable – vente de disques quasi nulle, rémunération grotesque par les plateformes de streaming, coût des tournées etc.)
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