Après nos deux premiers épisodes (à lire ici et là), nous avions promis de parler enfin de musique. Mais entretemps, une question existentielle nous est apparue.
Le HELLFEST pour survivre doit vivre avec son époque. Il n’est dès lors pas étonnant qu’après avoir vendu (et donné) du rêve aux métalleux historiques, cette génération qui a connu les heures de gloire du début des années 80, dévoreuse de presse écrite depuis BEST et ENFER MAGAZINE, auditrice assidue de Wango Tango ou de Prohibition, puis de toutes les radios libres nées à l’aube de cette même décennie, le temps passant annonçait l’échéance fatidique où les groupes fondateurs du mouvement qui avaient « fait carrière » allaient disparaître. La question circulait sans cesse : qui allait bien pouvoir remplacer ces têtes d’affiches vieillissantes, caught somewhere in time ? Personne n’avait la réponse. Surtout, personne ne souhaitait devoir y répondre. Car ces dinosaures entraineront avec eux dans la tombe la jeunesse de bien des hardos. Cela signifiera aussi la fin d’une aventure de quelques décennies de metal consensuel, ces années bénies où le fan s’enthousiasmait autant devant Maiden que Status Quo, Judas Priest que Kiss, Aerosmith que Motörhead, Deep Purple que Black Sabbath, etc., si bien que l’on pourrait compléter l’expression « C’était mieux avant… » par « …les niches ». La communion plutôt que le repli sur soi, une notion de plus en plus désuète. Parmi les groupes qui chaque année se produisaient « en première partie » sur les mainstages, ou sous les tentes, chaque festivalier y allait de son pronostic pour dénicher ceux capables d’assumer à la place des Grands Anciens ce rôle de locomotive, de rassembleur, et faire perdurer le festival dans une forme similaire susceptible de donner autant de plaisir dans le futur. Mais the times they are a-changin comme le chantait le poète, et en 2023 ces « seconds couteaux », toujours prometteurs mais désormais tout aussi vieillissants continuent à jouer sur des créneaux… de premières parties, comme s’ils avaient raté une marche, ou attendu une promotion qui ne leur a pas été offerte par les organisateurs. Parce que le HELLFEST est une machine de guerre, musicale mais surtout commerciale. Et parce qu’entre faire plaisir à un public aussi vieillissant que ses groupes fétiches et choyer une nouvelle génération qui viendra encore de nombreuses années, le choix s’est probablement imposé assez facilement. Sans états d’âmes. D’autant plus que la logique commerciale pousse le festival à poursuivre sur la base de weekends de quatre jours, ce qui compte tenu du nombre de scènes multiplie encore le nombre de groupes fédérateurs à proposer. Un sacré casse-tête. A moins de considérer que la nouvelle génération du public ne va pas au HELLFEST en fonction de l’affiche, mais plutôt de l’attractivité du festival devenu the place to be. Notons que c’est déjà le cas depuis plusieurs années, le festival affichant régulièrement complet avant que n’en soit communiqué le line-up. A ceci près que les métalleux historiques achetaient jusqu’à présent leur billet les yeux fermés, accordant toute leur confiance au HELLFEST pour les combler en termes de gros groupes. Cette petite différence est en fait énorme, car rien n’est moins sûr aujourd’hui. Le HELLFEST en a bien conscience et la rumeur sous-entend que l’édition 2024, décalée anormalement de quelques jours, pourrait bien accueillir AC/DC. Une venue qui pour beaucoup de festivaliers constituerait probablement l’apothéose du HELLFEST 1.0. Et une jolie fin d’aventure. Car avec un nombre décroissant de groupes grand public fédérateurs et un prix du billet allant croissant, il est fort probable que la pertinence de la dépense se pose à un moment donné pour les plus anciens d’entre nous qui ne se satisferont pas de soirées metalcore par exemple. Alors que franchement, le metalcore. Ah oui ! Nous vous avions promis de vous parler de musique ! Et bien ce sera pour le prochain épisode ! Où l’on vous dira pourquoi la musique reste magique et le frisson omniprésent dans ce HELLFEST en pleine mutation ! Restez positifs !

Une réflexion sur “HELLFEST 2023 (3) : Que reste(ra)-t-il de nos amours ?”