Né en 1949 à Birmingham, Terence « Geezer » Butler fut bassiste et membre fondateur de BLACK SABBATH, la clé de voute du heavy metal. Après celles d’Ozzy et de Tony Iommi, il publie enfin sa biographie, un ouvrage attendu par les fans en quête de détails croustillants inédits. Autant le dire tout de suite, ils resteront sur leur faim. Cependant, les 288 pages de cette courte autobiographie se dévorent grâce au style alerte de l’auteur qui ne se perd jamais en digressions. Et si la narration frustre lorsqu’elle aborde Black Sabbath, elle attendrit quand Geezer aborde son enfance de catholique irlandais d’Aston, quartier pauvre de Birmingham, ses parents, ses nombreux frères et sœurs, sa passion pour le football, ou encore ses premiers émois musicaux. L’ambiance des swinging sixties vues depuis ce milieu ouvrier du cœur de l’Angleterre est passionnante, et permet de prendre un peu plus conscience de l’effervescence d’un big bang rock en pleine gestation, où tous ceux qui n’allaient pas tarder à devenir célèbres se côtoyaient. Pour le reste, Geezer Butler présente véritablement Black Sabbath sous l’angle d’une histoire d’amitié unique entre quatre gamins aux personnalités aussi marquées que complémentaires, embarqués dans une aventure forte, sans oublier quelques lignes émouvantes sur Ronnie James Dio. Il ne tarit jamais d’éloges quand il évoque Tonny Iommi, le cerveau de l’affaire, et quasiment jamais ne s’autorise de piques à l’encontre de quiconque, sauf peut-être Sharon Osbourne mais s’en excuse presqu’aussitôt. Butler est à l’écriture comme il est toujours apparu à la basse, un parangon de discrétion, aussi solide qu’en retrait. Mais il se sort plutôt bien de cet exercice délicat qu’est l’autobiographie, même s’il faut attendre qu’il se confie sur sa vie, ses amours, ses enfants, ses animaux, ou encore la dépression, pour qu’il apparaisse véritablement touchant, et l’épilogue de l’ouvrage, très tardivement donc, pour le voir enfin entrouvrir un peu les portes de ses jardins secrets… et les refermer presque immédiatement. Malgré les décennies passées dans le plus grand groupe de metal du monde, Geezer Butler en parle avec une humilité aussi déconcertante qu’attachante. A l’image du musicien hors pair qu’il est. Alors que sa carrière est désormais terminée, un seul mot s’impose, a fortiori après cette lecture : « merci ».
« Into the Void – From Birth to Back Sabbath – and beyond »
Geezer Butler
HarperCollins (08 juin 2023)
288 pages / en anglais
