MAMMOTH « II » (2023)

mammoth wvh II

Alors que Wolfgang Van Halen tenait en 2015 la basse sur ses second et troisième albums solo, Mark Tremonti nous avait prématurément confié que le premier album de MAMMOTH allait tout défoncer. Il aura fallu attendre 2021 pour découvrir que non seulement il ne nous avait pas menti, mais qu’il était largement en deçà de la vérité ! Autant dire que l’annonce de ce second album (solo ?) de Wolfgang Van Halen sobrement intitulé II (un comble pour un artiste qui ne veut pas être comparé à son fameux père) nous tint en haleine – poils dressés – jusqu’à sa sortie. Et cette fois-ci il n’est pas question de se satisfaire d’un « c’est le fils de… » ou « c’est incroyable il joue de tous les instruments ! », non, un seul modo : LET THE MUSIC DO THE TALKING ! WVH nous avait impressionnés, on attend cette fois-ci légitimement encore plus de sa part, et plus que tout une confirmation en forme de feu d’artifice ! La première écoute des dix titres qui étirent ce II sur plus de trois-quarts d’heure rassure sur bien des points, et la première sensation qui en ressort est qu’ils s’inscrivent dans le prolongement du précédent album. Wolfgang VH étincelle sur l’ensemble des instruments, avec des solos de guitares virtuoses, ou encore à la batterie. De même, ses progrès au chant, avec toujours cette voix claire légèrement voilée, sont évidents. La seconde confirmation, ce sont ces harmonies vocales, ces chœurs, révélant une volonté parfaitement assumée de créer des mélodies radiophoniques compatibles « radio US ». Doté d’une production puissante que l’on doit à Michael « Elvis » Basquette, producteur attitré d’ALTER BRIDGE et des projets solo de ses membres (TREMONTI, et Myles KENNEDY), l’ensemble est particulièrement propre, ça joue du feu de Dieu, c’est musicalement et techniquement impressionnant, sans aspérité, et… Sans aspérité ? Comment ça ? C’est grave docteur ? Plutôt, oui. Car un album aussi beau soit-il qui commence comme du Soundgarden (en moins bien) et s’achève comme du Beatles (en moins bien aussi) questionne forcément dès la première écoute, celle-là même au cours de laquelle l’auditeur souhaiterait n’être emballé que par les subtilités du jeu du jeune prodige. Si Mammoth I partait dans tous les sens et surprenait par ses sonorités très indie 90’s, pour ne pas dire grunge, alors qu’on s’apprêtait à lui reprocher une éventuelle filiation naturelle avec l’œuvre du père, ses influences venant du cœur et des tripes lui conféraient une fraicheur aussi inattendue que bienvenue et trahissaient même une forme d’innocence pure. Ce second album éblouissant dans son expression de bout en bout pêche malheureusement par son sens du brossage, quasi intégralement dans celui du poil plutôt qu’à rebrousse de celui-ci, et laisse nos attentes hérissées. Si vous êtes fans de musique radiophonique américaine pop et cérébrale (ou de Dave Grohl), vous serez comblés, notamment sur le formidable enchaînement en début d’album où talent et inspiration riment avec efficacité (« Like a pastime », « Another Celebration at the End of the World », « Miles above me », et « Take a bow ») et où effectivement le multi-instrumentiste brille de mille feux à tel point que c’en est aussi indécent que jubilatoire. Sur cette longueur (fugace), ce deuxième album est une vraie réussite. Et puis il y a les autres titres (tous, soit 60 % de l’album) sur lesquels le musicien semble nous dire « voyez comme je maitrise bien mon sujet », au détriment de ce côté fresh comme aiment à s’en revendiquer les artistes anglo-saxons, ce que nous qualifierons de spontanéité, celle qui irradiait le premier album : la musique écrite avec le cœur. Oui, Wolfgang maîtrise ici son sujet, mais déçoit (certainement parce qu’on attend trop de lui) en terme de composition, de folie, d’envie, de joie, de personnalité. Dès « Optimist » qui semble échappé d’un album solo de Tremonti, la fin de l’album est en roue libre, comme une fusée à laquelle il manquerait le carburant spécifique pour en faire démarrer le deuxième étage. Et la propulser au firmament. Peut-être un double maléfique over the top sur lequel s’appuyer, en contrepoint. Un Jagger, un Bon Scott, un Lennon, un Hagar… ou plus encore un Lee Roth. C’est tout le paradoxe de cet album quasi parfait, auquel il manque parmi toutes les raisons évidentes de l’encenser… une simple étincelle.

MAMMOTH Wvh
« II »
BMG
Sortie le 04 août 2023

 

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