GODSTICKS « This is What a Winner Looks Like » (2023)

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Il y a des groupes anormalement doués pour vous faire taper du pied, d’autres pour vous faire dodeliner de la tête, et d’autres encore pour à coup sûr installer durablement dans votre cerveau des mélodies et refrains venus d’ailleurs. GODSTICKS peut faire tout ça, mais l’aspect le plus incroyable de son art est la manière dont sa musique vous obsède, vous hypnotise, et même carrément vous hante. Tel un parasite, un logiciel espion, un agent dormant (faîtes votre choix), GODSTICKS s’installe en vous pour instiller subtilement une forme rugueuse de mélancolie à la fois agressive et mélodieuse, unique en son genre… et sans cesse vous ramener à lui, toujours à rebours. Obsédante par ses dissonances, ses thèmes durs à base de relations toxiques, son chant brut toujours sur le fil de la catharsis, la musique de GODSTICKS se distingue par la simplicité apparente de compositions épurées qu’enrichissent de discrets arrangements et cette faculté à puiser son inspiration dark dans les années 90 pour un rendu presque avant-garde duquel sourd une violence froide. En ce sens, This is What a Winner Looks Like, sixième album des Gallois, ne déroge pas à la règle. Mais plus encore que précédemment, le groupe a su ici élaguer son expression, la réduire à sa substantifique moelle pour révéler l’émotion qui la traverse en faisant jaillir furtivement de chaque titre une mélodie lumineuse, tel un rayon d’espoir fendant la pénombre. Darran Charles (guitares/chant) est toujours à la manœuvre d’un groupe au line-up inchangé au sein duquel chaque instrument se distingue, même si cette fois la pandémie a quelque peu modifié la façon de procéder lors de la composition et plus que jamais permis à chaque membre d’apporter sa touche. La frustration de n’avoir pu tourner pour Inescapable, le précédent album sorti à la veille du confinement, a également pesé sur la création de celui-ci. Plus concis, plus efficace certainement, cette « bonne tête de vainqueur » débute par l’entêtant « If I don’t Take It All » et multiplie avec bonheur les ambiances jusqu’à « Silent Saw », avant de proposer une face B construite sur la même dynamique de « Throne » à « Wake Up », à savoir trois titres nerveux suivis de deux autres plus calmes (en apparence). Tels des matriochkas, chacun d’entre eux recèle son lot de surprises, toutes hautement délectables. S’il y a des moments plus forts sur cet album, notamment les cinq premiers titres, avec notamment ce « Eliminate and Repair » tout en nervosité contenue, « This is my New Normal » et son final puissant, ou encore « Silent Saw » et son groove aérien, la deuxième moitié n’est aucunement en reste. Il n’y a pas de remplissage sur ce disque, balisé par le riffing et la voix uniques de Darran Charles. Si par le passé ses intonations évoquaient parfois Chris Cornell, il n’est pas interdit ici de penser à Mike Patton, notamment sur les passages les plus calmes (« Silent Saw » encore, et le début de « Wake Up »). Impossible enfin de passer sous silence le travail de Richard Beeching sur le visuel de l’album, qui sur le thème de la belle tête de vainqueur a réalisé un artwork réjouissant bien décalé. De là à dire que cet album n’a que des qualités…. inutile de vous faire un dessin.

GODSTICKS
« This is What a Winner Looks Like »
Kscope
Sortie le 26 mai 2023

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