Si l’on exclut 13 sorti dix-huit ans après le reste soit dix-huit ans trop tard, la carrière studio de Black Sabbath dura 25 ans, de Black Sabbath (1970) à Forbidden (1995). Mais pour beaucoup, Black Sabbath ce ne sont que huit albums avec Ozzy, tandis que pour quelques autres disciples ce sont aussi deux (voire trois) autres albums avec Dio dont les premiers ne veulent pas entendre parler. Ces deux écoles croisent encore aujourd’hui le fer sans fin sous une pluie d’étincelles, et si les connaisseurs évoquent tant bien que mal du bout des lèvres un album avec Ian Gillan (Born Again – 1983) ou un autre avec Glenn Hughes (Seventh Star – 1986), force est de reconnaître que la période où Tony Martin officia au chant – cinq albums quand même – est au mieux considérée comme anecdotique, au pire carrément oubliée. Les die-hard fans du Sab se souviennent de la discrétion dans laquelle sortaient les albums de la bande à Iommi sur la décennie 87-95, et du peu d’engouement du public à se déplacer aux concerts. Souvenons-nous des passages plus ou moins confidentiels des men in black à l’Elysée-Montmartre pour les tournées Dehumanizer (avec Dio) et Cross Purposes par exemple, pourtant génératrices de souvenirs indélébiles pour votre serviteur. Et pourtant la « période Martin » du groupe mérite amplement la reconnaissance, aussi tardive soit-elle. Tout d’abord parce que Tony Martin est un vrai chanteur, mais aussi et surtout parce qu’il a apporté une stabilité et une identité vocale nouvelle à un groupe qui errait alors. Ajoutez à cela des albums aux ambiances différentes, avec de vrais hymnes mais aussi des digressions audacieuses même si plus ou moins réussies, et une identité différente de celles impulsées par Ozzy ou Ronnie James, et vous avez là la troisième véritable époque du groupe. Dans un monde metal alors en pleine mutation, pour le meilleur et pour le pire, BLACK SABBATH aurait-il continué à exister sans Tony Martin ? La question mérite d’être posée. Toni Iommi avait encore des choses à dire, différentes mais inscrites dans la continuité de son univers, et ces cinq albums certes différents ne sont en aucune manière honteux, tout au plus pourrait on leur reprocher de ne plus être novateurs comme le furent les dix premiers du groupe. Mais est-ce intrinsèquement surprenant ? Pour couronner le tout, et enfoncer le dernier clou dans la malédiction qui frappe cet héritage confidentiel malgré lui, de sombres histoires de droits ont évincé ces albums (sauf The Eternal Idol – 1987) des sites de streaming depuis des années, tandis que les quelques exemplaires en circulation de ces albums jamais réédités devenaient de plus en plus rares. Enfin, Iommi annoncait depuis tellement d’années la parution d’une box regroupant la période Martin, remixée, avec des inédits, de nouveaux enregistrements, voire même un morceau avec un solo de Van Halen, que la qualifier d’Arlésienne élève la notion d’euphémisme à son niveau ultime ! Et bien ca y est, elle arrive ! Parce que maudite à jamais par des histoires de droits, elle ne regroupera cependant que les quatre derniers albums studio avec Martin : Headless Cross (1989 – remasterisé), Tyr (1990 – remasterisé), Cross Purposes (1994 – remasterisé), et Forbidden (1995 – remixé par Iommi). En guise de bonus, les versions cd offrent une face B (« Cloak and Dagger ») et deux titres bonus japonais (« What’s the use » et « Loser Gets It All ») qui ne seront pas sur les vinyles. Pas de trace de l’album Cross Purposes Live, mais c’est une box d’album studio… Pas d’inédit, pas de démos, pas d’outtakes,… Il paraît que contractuellement aucun nouveau morceau ne peut sortir sous le nom Black Sabbath sans l’aval de la famille Osbourne. Allez savoir… Réjouissons-nous en tout cas de voir enfin le catalogue de ce groupe légendaire enfin intégralement disponible. Il était temps !
Ca sort le 31 mai 2024 chez BMG.
On vous en reparlera !
