
34 ans après un premier album qui aura autant secoué leur portefeuille que le monde du rock (Shake your Money Maker – 1990), les frères Robinson font un retour discographique longtemps inespéré. Quinze ans qu’on attendait ça, et qu’on avait même cessé d’attendre du fait d’une longue brouille persistante entre Chris (chant) et Rich (guitares), les deux seuls membres du groupe à avoir été de toutes les sorties studio. Repoussé de nombreux mois en raison de la pandémie, le fruit de ce rabibochage voit enfin le jour et apporte la réponse à la question cruciale : l’alchimie sera-t-elle toujours là ? Car musicalement, la musique des BLACK CROWES a toujours tenu, loin de toute mode, en quatre lettres majuscules : R.O.C.K. Canalisée sur ce fameux premier album autour d’un rock explosif mâtiné de boogie en feu, l’expression des frères Robinson est ensuite allée traquer au gré des albums le rock dans tous ses recoins, pour en exploiter les meilleurs filons, explorant ainsi la musique américaine sans s’interdire expérimentation ou hommages appuyés. Rock, blues, southern, country, funk, soul, disco, bayou, americana, guitares, riffs, solos, slide, harmonica, cuivres, saxophones, chœurs, gospel,… S’immerger dans la musique des black Crowes, c’est tour à tour se retrouver au fond d’un saloon enfumé près du pianiste, autour d’un feu de camp en marge du troupeau dans la prairie, dans la moiteur du bayou infesté de moustiques, ou encore sans équivoque dans une taverne houblonnée à Liverpool. S’il y a parfois de quoi se sentir perdu au gré des albums par cette versatilité même si son centre de gravité reste toujours rock, il y a une certitude, celle d’être aussi éloigné qu’il se peut de la mode. Ce Happiness Bastards et ses 38 minutes ne dérogent pas à cette boussole, mais l’on y sent la volonté de revenir aux fondamentaux énergiques du premier album. L’album suinte le rock, comme on n’a rien vu d’aussi suintant depuis les hectolitres de sang sur les murs de cette fameuse maison d’Amityville. La production solide et charnelle magnifie le côté naturel du chant et des instruments. Les chœurs sont gorgés de soul, le piano et l’orgue s’en donnent à cœur joie, et on ne peut que se laisser porter par les cordes vocales de Chris Robinson, agrippé aux doigts de son frère Rich, en tapant furieusement du pied. Deux belles balades dont une tirant sur la country, mais huit titres rock up-tempo, groovy à souhait, dans l’ombre ici de Led Zep, là des Stones, et donc forcément parfois proche d’Ac/Dc 70’s. On a les références qu’on mérite. Mêmes les influences irlandaises de « Flesh Wound » passent, tant l’énergie déployée sur l’ensemble de l’album est communicative. L’entrée en matière est particulièrement jubilatoire, notamment avec « Bedside Manners » et surtout l’irrésistible « Rats and Clowns » portés pas le rythme binaire de la batterie puissante de Brian Griffin. « Cross your Fingers » et son rythme lancinant lorgne un peu du côté d’un Aerosmith vintage, tandis que « Wanting and Waiting » nous rappelle par certains aspects un AC/DC qui aurait fait carrière autour de Powerage. Forcément, avec tant de brûlots d’entrée, l’album subit une légère baisse de régime sur sa deuxième moitié, mais reste passionnant. Nous posions la question cruciale : l’alchimie est-elle toujours là ? Ecoutez Happiness Bastards très fort, vous aurez la réponse.

THE BLACK CROWES
« Happiness Bastards »
Silver Arrow Records
sortie le 15 mars 2024

Une réflexion sur “THE BLACK CROWES « Happiness Bastards » (2024)”