Ils avaient disparu en décembre 2017 après une série de concerts d’adieu. Un split incompréhensible pour les fans alors que le groupe batave semblait invincible malgré ses nombreux changements de personnel (trois chanteurs en une quinzaine d’années notamment !), et après cinq albums tous indispensables. Vous pensez bien que l’annonce du retour aux affaires de TEXTURES ne pouvait pas nous laisser insensibles ! Mission accomplie pour eux sous l’Altar ce jeudi 28 juin 2024, pour le grand bonheur de…. tout le monde ! Nous devions le leur dire. Ca tombe bien, nous avons rencontré Remko Tielemans (basse) et Bart Hennephof (guitares), tout sourire !
Tellement content de vous revoir après ces presque sept années d’absence. Et je n’étais pas le seul ! Avez-vous ressenti tout cet amour ?
Remko : Oh oui ! C’est super d’être de retour en France car la France nous a toujours bien accueillis. Les gens ici apprécient le metal moderne, progressif, …. Ca remonte à longtemps, mais on a toujours adoré jouer chez vous.
Vous voyez vraiment la différence du public d’un pays à l’autre ?
Remko : Oh oui ! En Allemagne, ils préfèrent un style plus traditionnel de metal, on adapte nos setlists quand on joue là-bas…
Bart : Dès qu’on sort des Pays-Bas, les gens sont beaucoup plus enthousiastes ! (rires)
Vous avez pris tout le monde par surprise en annonçant la fin du groupe en 2017, d’autant plus que votre dernier album studio en date, Phenotype (2016) était supposé être suivi d’une deuxième partie dont le titre avait été communiqué (Genotype). Que s’est-il passé ?
Remko : Nos vies personnelles ont changé, certains sont devenus pères, d’autres ont eu à gérer un emploi du temps compliqué niveau boulot,… on en a longuement parlé, pour arriver à la conclusion qu’il fallait au mieux faire une pause, et éventuellement voir comment nos vies allaient évoluer.
Bart : On pressentait que le fait de continuer nous aurait fatalement menés à un clash. On s’est dit qu’il valait mieux arrêter avant d’arriver à cette situation, et se quitter en bons termes.
Remko : On a eu de la chance je pense, car juste après notre tournée d’adieu, la Covid et le confinement ont surgi et je pense qu’on n’y aurait pas survécu. On se posait déjà beaucoup de questions sur notre avenir en tant que groupe.
Et à l’inverse comment la réunion s’est elle passée ? Quelqu’un en particulier en est-il à l’origine ?
Remko : Bon (se tournant vers Bart), on peut peut-être lui parler du barbecue ? (rires)
Bart : Oui, c’est Stef (Broks, batterie, membre fondateur) qui a lancé l’idée. « Et si on recommençait ? Qui est pour ? »
Remko : Tous les membres du groupes se sont retrouvés pour un barbecue, on s’est baigné dans la rivière, on a discuté, on a relancé le sujet, essayé d’envisager ce que cela impliquerait, refaire de la scène… et tout le monde était super enthousiaste ! En fait, on en était tous surpris ! « Alors allons-y ! »
Ce qui est plutôt surprenant, c’est qu’il y a eu beaucoup de turn over dans le groupe quand il sortait des albums, et alors que vous n’avez rien fait pendant sept ans, vous vous reformez sur le groupe qui avait splitté !
Remko : Oui !
Bart : La dernière formation, c’est vraiment un groupe d’amis. On ne s’est pas arrêté parce qu’on avait des différends, mais parce qu’on n’y arrivait plus par manque de temps ! Donc ce groupe d’amis est toujours le même. On ne pouvait continuer qu’ensemble.
Rassurez-moi, ce n’est pas parce que l’album tant attendu, Genotype, est prêt depuis sept ans et que le livret est imprimé depuis longtemps avec vos noms dedans ! (rires)
Remko et Bart : (rires!) Non !!!
Remko : En fait, la plupart de ce qui a été écrit pour Genotype ne sera probablement pas sur le prochain album. Nous avons beaucoup écrit depuis que nous avons reformé Textures. Donc non, ce n’est pas la raison !

Depuis votre retour, vous ne jouez qu’en festival ? Quels sont vos plans ensuite, sortir cet album ou enchaîner une tournée en salles ?
Remko :Je pense qu’on peut en parler, non, Bart ?
Bart : Oui ! Cet été on fait les festivals, ensuite on se focalise sur le nouvel album qu’on écrit depuis un peu plus d’un an. On a pas mal écrit, mais il en reste à faire. On a plusieurs morceaux prêts, on espère pouvoir enregistrer avant la fin de l’année ou au pire en début d’année prochaine.
Remko : Il ne devrait pas sortir avant la fin de l’été 2025.
Mais ce ne sera pas Phenotype Pt. 2 ?
Remko : Il sera différent de ce qu’on avait prévu à l’époque, ce qui n’est pas une mauvaise chose car musicalement on a quand même pas mal évolué. Ce qu’on fait désormais est très différent, on a une nouvelle énergie, ca s’entend dans notre façon de jouer. Il valait mieux laisser tout ça sur une étagère et repartir sur du neuf.
La qualité des morceaux que vous avez enregistrés sur vos cinq albums, de 2003 à 2016, fait qu’il vous est très facile d’y piocher pour concocter des setlists aux allures de Best Of. Dans votre répertoire, on sent une sorte de quête vers l’équilibre entre violence et atmosphères. Est-ce toujours ce que vous recherchez aujourd’hui ?
Bart : On compose aujourd’hui en essayant de ne penser à rien, et de voir ce qui sort ! Je constate qu’on a composé des structures assez différentes de ce qu’on proposait avant, mais qui fondamentalement restent indéniablement du Textures. En ce sens, je pense qu’on l’on continue à explorer, et que ça donnera de nouvelles setlists assez différentes. Bien sûr, je comprends que le public veuille entendre d’anciens morceaux qu’ils reconnaissent, mais nous sommes à un tournant où de nouvelles choses vont émerger de notre retour, et nos shows n’auront plus l’allure de greatest hits, même si pourquoi pas on pourra être amenés à jouer des sets spéciaux.
C’est le principe de la musique prog, d’évoluer constamment !
Remko : Exactement !
TEXTURES a été absent six ans. La musique en général a évolué, vous le ressentez ?
Remko : Je vois ça avec des groupes comme POLYPHIA par exemple. Ce groupe attire beaucoup de monde, et je pense que ça n’aurait pas été possible il y a 6 ou 7 ans. A l’époque, ça aurait été très compliqué de n’être qu’un groupe instrumental. C’est une bonne chose que ça ait évolué ainsi. Pour le reste, je vois toujours les mêmes « vieux » groupes aussi (rires) !
Il n’y pas de risques que vous soyez influencé par BABYMETAL et ce genre de style ?
Remko : (Rires) Non ! Mais c’est intéressant à voir, et de voir aussi comment la musique évolue. Si tu aimes ça, pas de souci ! Toute évolution en quelque chose qui n’existait pas avant est intéressante.
Bart : Concernant l’évolution des groupes de metal, elle est réelle. Elle est notamment technique, mais les fans se sont aussi habitués à cela. Ils évoluent ensemble. Je pense que créer un groupe progressif aujourd’hui a plus de chance de rencontrer son public que ça ne l’était en 2000 par exemple.
J’ai réécouté votre discographie ces dernières semaines, avec un plaisir presque oublié, et il est incroyable de voir comment votre musique, tout en restant parfaitement identifiée et malgré les changements de line-up, n’a cessé d’évoluer. Tant de groupes se reposent sur leurs acquis après quelques albums. C’est un challenge constant de rester en mouvement ?
Bart : Oui tout à fait, mais beaucoup groupes stagnent car c’est aussi un moyen de satisfaire leurs fans ! Kerry King par exemple veut faire plaisir aux fans de Slayer (ndr: nous avions discuté en off des artistes qui n’évoluent pas, et j’avais évoqué Kerry King…), ça a du sens.
Vous avez le temps d’aller voir quelques groupes jouer ce weekend ?
Remko : Oui, certains d’entre nous rentrent, d’autres restent. J’espère pouvoir voir aujourd’hui Biohazard, Machine Head, je les adore.
Bart : je suis allé voir Karnivool,..
Remko : …et Klone aussi.
Ah oui, Klone, c’est notre fierté nationale ! Merci beaucoup ! Bon festival !

Une réflexion sur “[HELLFEST 2024 / INTERVIEW] TEXTURES”