DEEP PURPLE « = 1 » (2024)

cover Deep Purple - 1

Quand un groupe légendaire sort son 23ème album studio, deux mots viennent à l’esprit. Le premier est « respect ». Par rapport à la longue carrière de DEEP PURPLE, mais aussi à l’âge canonique de ses membres, puisque si Ian Paice (batterie) et Don Airey (claviers) viennent de célébrer leurs 76 ans, Ian Gillan (chant) et Roger Glover (basse) fêteront d’ici peu leurs 79èmes anniversaires ! Le second est « curiosité » car si la bande à Gillan n’a jamais vraiment déçu, l’arrivée en son sein d’un nouveau guitariste en la personne de Simon McBride (un jeunot de 45 ans !) a de quoi intriguer. Comment va-t-il notamment se situer par rapport à ses glorieux ainés, Blackmore et Morse en tête, va-t-il imprimer sa marque, et surtout quelle est elle ? On se souvient que l’orientation légèrement progressive du dernier album en date, Whoosh ! (2020), – et par charité nous n’évoquerons par l’album de reprises sorti l’année suivante (Turning to Crime), le dernier avec Steve Morse – avait reçu un accueil plus réservé de la part des fans dont nombreux sont ceux à attendre un retour à un hard rock plus traditionnel. Après trois singles plutôt convenus en guise de mise en bouche, suffisamment Purpeliens pour ne pas effrayer les fans mais guère transcendants, = 1 se dévoile enfin. Il frappe d’emblée par la simplicité de sa pochette, sur laquelle son titre, pour peu que l’idée vous prenne de tourner la pochette de 90° vers la droite, se transforme en smiley triste. Avertissement ? Car musicalement, ce qui nous est proposé commence plutôt mal avec un premier titre « Show me » dont le gimmick de guitare évoque malheureusement une version de wish du « Transmaniacon MC » qui ouvrait le premier album éponyme de Blue Öyster Cult. Ouch ! En guise d’originalité, ce « Show me » ressemble plus à « circulez, il n’y a rien à voir » ! Le ton est donné… Il a pu être reproché, plus ou moins à juste à titre, une personnalité trop forte au jeu de Steve Morse qui se démarquait totalement de celui de son prédécesseur, et d’avoir par ce fait entraîné Deep Purple loin des œuvres du Mark II. On ne saura à l’écoute de ce = 1 faire un tel reproche à Simon McBride dont le jeu est ici soit transparent, soit imbriqué dans des arrangements et riffs très évocateurs de l’époque Machine Head. La guitare est par ailleurs bien souvent noyée sous les claviers de Don Airey qui en fait des tonnes. L’album enchaîne mécaniquement des mid-tempos assez génériques, voire interchangeables, des riffs simples et peu inspirés, et des solos de guitares qui démontrent une belle dextérité mais s’apparentent à des descentes de manche sans véritable visée mélodique. En revanche, le trio Paice-Glover-Airey est au taquet et les entendre jouer est toujours un réel plaisir. Ce n’est pas le cas de la voix de Gillan, qui faisait encore illusion en studio jusqu’à Whoosh !, mais qui n’est plus ici que l’ombre de son ombre. Gillan ne chante presque plus (il déclame) et lorsque qu’il tente parfois de pousser sa voix, que ce soit dans les graves ou les aiguës, c’est un véritable supplice pour l’auditeur tant Gillan plombe malgré lui des titres qui ne demandaient qu’à s’envoler. Ne parlons pas des rares morceaux plus rapides, tel « Now you’re talking » sur lequel Gillan passe son temps à courir après le tempo. Même la production de Bob Ezrin n’y peut plus rien… Passons également sous silence les deux balades plus qu’anecdotiques (« If I Were You » et « I’ll Catch You ») où le chant frôle la catastrophe. Malgré quelques titres sympathiques comme « A bit on the Side », le single « Portable Door » groovy mais un peu longuet, les allures de jam de « Old-Fangled Thing » malgré une guitare particulièrement sous mixée, le dernier single « Lazy Sod » un peu plus nerveux mais qui permet à McBride de s’exprimer, ou encore les sonorités un peu plus modernes du titre final « Bleeding Obvious », l’ennui est aussi perceptible qu’interminable à l’écoute de ce = 1. Ce n’est pas révéler un secret que de rappeler que depuis bien longtemps DEEP PURPLE ne compose plus pour la postérité. Alors que des octogénaires forcent le respect de leur fans en se faisant plaisir, n’est-ce pas déjà suffisant en soi ? C’est la qualité principale de ce nouvel album qui a pour lui a minima le mérite d’exister.

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DEEP PURPLE
« = 1 »
Verycords
Sortie le 19 juillet 2024

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