[HELLFEST 2024] 3: LE VENDREDI

Précédemment : 1: Préambule 2: Le jeudi

Ce n’est pas une surprise, mais quand on loge à quarante minutes de Clisson, faire le grand écart entre les groupes qui finissent à 2h et ceux qui démarrent à 10h30 le jour suivant est un exploit que mon organisme, malgré toute sa bonne volonté n’est plus capable de réaliser. J’en suis le premier navré tant il m’aurait plu de démarrer la journée avec Saint Agnes…. Mais c’est à midi que je franchis les portes du Hellfest et que, par la hype attiré, je me rends sous la Temple pour assister au show de Imperial Crystalline Entombement. Bien que le groupe porte en partie le nom d’une eau de source, je m’impose de ne consommer sa prestation qu’avec modération, tant le black metal de ces américains laisse froid. Tout de blanc vêtus, masqués et encapuchonnés, ses membres sont statiques, immobiles, voire pétrifiés par le froid qu’ils jettent sur l’assistance. Seul le chanteur agite un long bâton de pluie (ou de neige) dont il ne semble pas savoir que faire. Devant la scène, des festivaliers semblent bien moins embarrassés par leurs sacs à dos, leurs bananes et leurs sacs de courses (on y reviendra). Je quitte donc à mi-concert la Temple pour me rendre devant la Mainstage 1 où se produisent les japonaises de Lovebites…. toutes de blanc vêtues aussi ! Diantre, y aurait-il un dresscode pour cette seconde journée dont je n’aurais pas été averti ? Ces jeunes femmes jouent aussi vite que les hommes des glaces que je viens d’abandonner jouaient lentement. Et dans les deux cas, trop c’est trop. Le power metal distillé ici est certes académique et carré, mais le chant hurlé aigu est particulièrement horripilant sur la durée. Leur metal est beau comme un produit de contrefaçon. C’est le festivalier à mes côtés qui, parlant à ses potes, résume le plus justement ce qui vient de se passer : « C’est pas bien, mais j’adore ! ». Profitant de l’accalmie auditive qui suit la fin de leur prestation, je me dirige jusqu’au bar central pour combattre la déshydratation qui me guette. Oui, il fait encore bien chaud aujourd’hui. Je m’hydrate alors lentement devant la MS2 sur laquelle est affiché le logo de Wargasm et où rien ne se passe. Je m’hydrate longuement puisque le groupe arrive avec dix minutes de retard. Si j’avais su… Je n’ai rien contre l’electro punk, ni le nu metal, ni la combinaison des deux, mais je découvre un groupe qui visuellement base son set non pas sur la chasuble de hockey et les lunettes en forme de cœurs de son chanteur mais sur la plastique de sa chanteuse, bien moins vêtue que les japonaises (et pas en blanc, ce qui me rassure quant au dresscode), et dont musicalement la formule répétitive me laisse de marbre. Alors que Milkie Way (c’est le nom de la chanteuse) harangue à force de « Make some noise !!! » un public qui a eu le temps de s’assoupir en patientant, je m’entends penser : « Parce qu’il n’y en a pas déjà assez comme ça, du bruit ? » ; Alors à ce moment, j’en entends déjà dire : « oui, c’est comme d’habitude avec DarrasOnTheLoose, il a toujours quelque chose à critiquer, il n’est jamais content, etc. ». A ceux-là je rappellerai mon ouverture d’esprit devant BabyMetal ! Mais par souci de justesse, force m’est d’avouer que ce vendredi est cependant LA journée que j’attends le plus, tant la programmation semble avoir été faite pour moi. J’y viens… mais avant, petit détour par la zone presse pour rencontrer Inner Landscape, jeune groupe français dont l’interview qu’il m’accorde est à lire ICI. Particulièrement sensible aux groupes mêlant le prog à leur musique metal, black, death, rock, whatever, je démarre après cette rencontre une sorte d’après-midi aux pays des merveilles avec tout d’abord sous l’Altar les revenants de Textures. Les hollandais qui mixent habilement djent, prog, et ambiances plus aériennes, menés de voix de maître par Daniel de Jongh, reviennent après six ans d’absence. Leur tournée des festivals les a menés jusqu’à Clisson, et c’est un réel bonheur de les voir aussi heureux sur scène. Ils puisent dans leur répertoire pour composer une setlist imparable aux allures de best-of. Un vrai grand moment…. qui me fait rater les premières minutes du set de Karnivool sur la Mainstage 1. Quel autre moment extraordinaire que la prestation des australiens si rares par chez nous (moins de 10 concerts en France depuis leurs débuts discographiques en 2005) ! Et quel plaisir d’entendre en live les extraits du fabuleux album Sound Awake sorti il y a 15 ans déjà. Le groupe, dont la paire Ian Kenny (chant) et Drew Goddard (guitares), nous a régalés ! Qui dit programme serré dit course à pied ! Hop, retour immédiat sous l’Altar pour le concert de Klone ! En enchaînant les albums de qualité et les concerts aux quatre coins du monde, Guillaume Bernard et ses musiciens (ndr : je vais me faire des amis…) récoltent aujourd’hui les fruits de leur labeur que mérite leur talent. Accompagné pour la première fois depuis des années en live par Matthieu Metzger (saxo), Klone ravit un public massé comme rarement sous et autour de la tente, et inaugure avec « Interlaced » le premier extrait du prochain album intitulé The Unseen annoncé pour l’automne. Une tente momentanément transportée hors du temps, plus efficacement que ne l’aurait fait un TARDIS ! Ah, comme j’aurais aimé y assister…. car il faut que je vous dise, ayant voulu profiter du show de Karnivool jusqu’à ses dernière secondes, à mon arrivée sous l’Altar j’ai découvert une tente bondée et inaccessible ! J’ai bien tenté de regarder le concert depuis le côté, sous la Temple, mais c’était peine perdue. Je suis donc parti tête basse jusqu’au centre du site, où la prestation de Lofofora m’a heureusement redonné le sourire. Au-delà de la présence de Femen, de diverses remarques plus ou moins bien senties, Reuno (chant) a fait ma journée, pour ne pas dire mon weekend, avec cette invective emplie de tolérance qui résonna sur tout le site : « On espère que t’es content d’avoir payé 350 boules pour voir Shaka Ponk !!!! ». Voilà, le fond et la forme, rien ne manquait ! (ndr : Promis, on en reparlera dans le prochain article ici). Désolé pour toi, le lecteur appâté par la photo en tête de cet article, mais non, je n’ai pas vu Fear Factory (pourtant sur mon running order). Mais alors que le beau projet de Savage Lands, collectif-ONG, proposait son joli concept sur la Mainstage 2 avec notamment et parmi ses nombreux guests Daniel de Jongh de Textures, je me dirigeais vers l’Altar pour le concert d’Einar Solberg, chanteur/clavier de Leprous. Caramba ! Bis repetita ! La tente est pleine et je ne vois la scène que depuis la Temple ! Bon, je reste pour environ quatre titres et les morceaux, très intéressants sur album, me paraissent bien mous et désincarnés en live. La distance peut-être… Je retourne de toute façon en zone presse, puisque des membres de Textures ne vont pas tarder à s’y présenter pour une interview (que vous pouvez lire ici). Quand j’en ressors, c’est pour aller devant la Valley écouter quelques titres de 1000MODS, du stoner grec gras comme un kebab, lourd mais très digeste ! Tout comme hier, de la Valley à la Warzone il n’y a qu’un pas et c’est donc tout naturellement que je m’y retrouve pour le concert de Clawfinger. Autant l’écrire tout de suite, l’ambiance est fabuleuse, notamment grâce à Zak Tell (chant) totalement en phase avec le public qu’il malaxe dans tous les sens (du poil). Le concert des suédois s’ouvre sur une musique d’intro universelle : « Que je t’aime ! » de notre Johnny national. Le public reprend le titre à l’unisson. Et l’on s’imagine Reuno (Lofofora) entendre ça de sa loge et faire irruption sur scène en claquettes et peignoir en hurlant : « T’est content d’avoir payé 350 boules pour chanter du Johnny ??? ». Le show nerveux est émaillé de réparties à l’humour subtil et bienveillant. A un spectateur qui lui lance sur scène une chemise multicolore d’un goût douteux, Zak répond « C’est super sympa, mais j’ai la même à la maison ! ». Il nous remercie plus tard « d’avoir choisi de venir nous voir plutôt que Tom Morello (ndr : qui joue au même moment sur la MS1) », avant d’ajouter « de toute façon il ne sait pas chanter ! », et de conclure « moi non plus, d’ailleurs ! ». Le concert est ultra dynamique et bon vivant. Un autre grand moment de la journée ! Petit moment de flottement (et de restauration) avant les deux derniers gros morceaux du soir : Emperor et Pain of Salvation. Ca commence sous la Temple avec les norvégiens qui n’en finissent pas de tourner pour perpétuer en live l’héritage d’Emperor. Ils reviennent régulièrement à Clisson et c’est toujours un réel bonheur pour l’amateur de black metal. Ce concert ne faillit pas à la règle, faisant à 90 % la part belle aux deux premiers albums du groupe. Avec toujours cette particularité de retrouver aux côté d’Ihsahn Jørgen Munkeby (Shining) aux claviers. Une expérience intense. En cours de concert je migre imperceptiblement vers les premiers rangs de l’Altar voisine pour pouvoir assister dans les meilleures conditions (pensais-je) au concert de Pain of Salvation. Je n’imaginais pas alors que j’allais – devant CE groupe – me retrouver au milieu de pogos démarrés par de jeunes zazous torse-nu auxquels je ne pus me résoudre à faire des remarques puisque bien que dans un état mal localisé… ils chantaient toutes les paroles ! Chacun doit pouvoir vivre sa fanitude comme il l’entend, non ? Quel plaisir de revoir le groupe de Daniel Gildenlow dont la dernière prestation en France remonte déjà à cinq ans. Pour l’occasion, le groupe a retrouvé un bassiste, Per Schelander (fun fact : sexologue dans le civil) et une unité qui fait plaisir à voir, autour de Vikram Shankar (claviers), Johan Hallgren (guitares) et Léo Margarit (batterie et… chant). Malgré quelques soucis de guitares pour Gildenlow qui nécessitèrent l’intervention sur scène d’Enzo, bassiste de Klone, dont il fit scander le nom par le public, et la quasi mort par asphyxie de l’ensemble du groupe qui joua un titre pour la première (et dernière ?) fois avec sur la tête les masques de chiens apparus dans les vidéos de leur dernier album. Une concert plaisir, rugueux, émouvant. L’impression d’avoir participé à une réunion de famille. Quelle belle façon de terminer une journée bien chargée ! Un vendredi intense. Je me répète, mais c’est le meilleur résumé que je puisse en faire. Tiens, pour le coup, j’ai oublié de ponctuer mon article de calembours. Désolé !

Et demain, reprise des hostilités à…. 11 h 05 ??? Chiche ?

Photographie de couverture : Nico Caron (Thx Bro !) pour www.metalchroniques.fr !

[A SUIVRE]

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