[LES INDISPENSABLES] MSG – « Assault Attack » (1982)

Michael Schenker Group Assault Attack

La carrière solo du blond guitar-hero allemand, idole de toute une époque, frère cadet de Rudolf (Scorpions), aussi erratique qu’elle soit depuis son démarrage en 1979, recèle nombre de moments jubilatoires dont nous avancerons objectivement qu’ils se situent pour la plupart lors de ses premières années d’émancipation, quand le groupe s’appelait The Michael Schenker Group (ou MSG) et que Gary Barden en était le chanteur. Une période qui dura cinq ans (1979-1983) et au cours de laquelle l’ange blond enregistra quatre albums studio et deux albums live. Parmi ces quatre albums studio (sur lesquels nous reviendrons ultérieurement), il se trouve un album à part qui a tout d’une erreur de parcours devenue pourtant référence au fil du temps. Alors que MSG était parti pour s’installer rapidement sur la scène hard-rock en ce début des années 1980, Schenker s’entourant de pointures telles Paul Raymond (ex-compagnon d’armes chez U.F.O.) ou encore Cozy Powell à la batterie, et enchaînant deux albums grandioses, MSG (1981) et son pendant live One Night at Budokan (1982), l’album qui suit a des allures de chamboule-tout qui sautent immédiatement aux oreilles dès la sortie du single « Dancer », un up-tempo groovy plus propice à bouger le popotin qu’à headbanguer. Et surtout, ce son, et… cette voix ! Assault Attack (1983) aurait pu, aurait dû probablement, être pour MSG l’album du renouveau, une forme de chrysalide. Ce fut finalement un game-changer avorté, et la sortie de cet album en l’état tient véritablement du miracle. Tout commence par un changement d’agent et l’arrivée de Peter Mensch qui souhaite que le groupe engage un meilleur chanteur que Gary Barden. Dans cette démarche il est appuyé par Cozy Powell, et tous deux suggèrent que Schenker embauche David Coverdale, par ailleurs également convoité par Black Sabbath, et qui a alors mis en sommeil Whitesnake. Finalement Schenker jette son dévolu sur Graham Bonnet orphelin de Rainbow. Mensch est remercié, Cozy Powell quitte le groupe (et rejoint…. Whitesnake !). De MSG, il ne reste alors que Chris Glen (basse) aux côtés de Schenker. Ce dernier recrute alors Ted McKenna (Batterie) et Tommy Eyre (claviers), deux musiciens qui jouaient ensemble dans le Sensational Alex Harvey Band avec… Chris Glen ! Désormais complet, le groupe part enregistrer son nouvel album en France, au Château d’Hérouville, sous la houlette de Martin Birch qui sort de la réalisation de The Number of The Beast d’Iron Maiden, et dont force est de reconnaître qu’il est loin d’être le moindre des artisans de cette réussite (et c’est un euphémisme). Graham Bonnet a huit ans de plus que Schenker et une expérience pourtant assez courte en matière de hard-rock : Down to Earth (1979) avec Rainbow, et son album solo Line-Up (1981) où on le retrouve notamment entouré de Micky Moody et John Lord (alors dans Whitesnake !) et… Cozy Powell ! Il a aussi du caractère (qui fera alors dire à Rudolf Schenker que le souci de son frère est de s’entourer de gens trop vieux). Trop peut-être. Echaudé par son précédent enregistrement dans un château en France (le château Pelly de Cornfeld, au pied des Alpes, pour Down to Earth), il exige cette fois d’enregistrer le chant en Allemagne ! Malgré tous ces aléas, la magie opère et Assault Attack est un somptueux album, ébouriffant, unique à bien des égards dans la discographie de Michael Schenker, doté d’un son ample aussi puissant que chaud et cristallin, avec en outre cette voix rocailleuse, haut perchée, qui sait se faire aussi hargneuse, âpre voire rugueuse que mélodique. Et puis il y a la guitare de Schenker traitée bien différemment par la production que sur les albums précédents, notamment dans le gras des riffs, et dans un environnement plus aéré, rock mais plus lissé (le jeu de McKenna étant bien moins percutant que celui de Powell). Et ces solos toujours si mélodiques, signés, quelle dextérité ! Et puis ce côté pop récurrent, nouveau dans MSG. En quarante minutes et huit titres sans faille et très différents, Assault Attack marque durablement l’auditeur, que ce soit avec ses titres hard-rock (« Assault Attack », « Samurai »), d’autres plus lourds (« Rock you to the Ground », « Broken Promises ») ou pop-rock (« Dancer », « Searching for a reason »), atmosphérique (« Desert Song ») ou instrumental (le virevoltant « Ulcer »). Un véritable sans faute. Avec Assault Attack, MSG parvient, probablement en partie au gré d’un heureux concours de circonstances, à se renouveler, à se moderniser, et à sortir de l’héritage de U.F.O. Malheureusement, quand l’album sort en octobre 82, le groupe ainsi constitué n’existe plus depuis déjà six mois. En effet, lors de sa première prestation live à Sheffield, Graham Bonnet, ivre et sous emprise, les parties génitales à l’air, s’en prend violemment au public et à Schenker avant de quitter prématurément les lieux et rentrer définitivement à Londres. Quand le groupe se produit au festival de Reading en août suivant, le public qui n’a pas encore entendu Assault Attack découvre que Gary Barden est de retour au micro. Il est alors envisagé de bloquer la sortie de l’album et faire réenregistrer le chant par Gary Barden. Par manque d’argent l’idée ne se concrétisera pas. Assault Attack aurait pu être un album maudit. C’est un indispensable.

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THE MICHAEL SCHENKER GROUP
« ASSAULT ATTACK »
Chrysalis
Sorti en octobre 1982

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