[HELLFEST 2025] LA PROG : coup sur la tête ou pied au cul ?


Le HELLFEST vient d’annoncer la programmation de son édition 2025. Comme chaque année, les grincheux se manifestent tandis qu’ils se font vilipender par d’autres pour leur esprit étriqué et leur conservatisme boomeresque. Ne comptez pas sur nous pour feindre la surprise, alors que depuis quelques années nous nous interrogeons ouvertement sur les routes à prendre par ce festival pour assurer sa survie financière. Enfin, sa survie tout court. Il y a un peu plus d’un an, nous plaisantions tant sur ce nouveau côté « Pop Inferno » que la destination prise par l’organisation « vers Boboland !». Si l’édition 2024 nous a pourtant enchantés, nous ignorions qu’il s’agissait en fait d’un chant du cygne ! Car à moins d’être un groupe à l’affiche, un label ayant un groupe à l’affiche, une boîte de promo, un journaleux ayant du papier à vendre, ou d’avoir moins de 40 ans, quel coup à l’estomac que cette affiche complète (à un groupe près) dévoilée avec la douceur d’un bon coup de massue ! Objectivement cette affiche ratisse très large, plus que d’habitude, et chacun y trouvera certes un groupe à son goût, c’est indéniable. Mais le weekend pris dans son ensemble rend la cohérence du pass 4 jours particulièrement bancale. Bien évidemment, nous ne portons aucun jugement sur les groupes qui auront la chance de s’y produire. Permettez-nous seulement de nous interroger sur la pertinence et la logique d’une programmation qui se veut révolutionnaire, ouverte et se revendique de fait « Hors limites ». Or en s’émancipant des fondements de son identité, en s’ouvrant à ce que nous nommerons « d’autres musiques », le festival prend le risque de se mettre à dos avec cette seule édition une partie importante de son public, celle-là même que l’on peut qualifier d’historique, mais que d’autres qualifieront de « vieux ». Vous savez, ces festivaliers présents depuis le départ, qui portent des vestes à patches au nom de groupes dont 80 % n’existent plus et dont la plupart sont inconnus des plus jeunes (qui eux ne portent que des t-shirts Hellfest), et qui ne comprennent pas que ces plus jeunes, justement, ne partagent pas leur engouement pour la prestation de groupes dont les membres sont désormais septuagénaires. Ces festivaliers qui ont pourtant amené le projet de Ben Barbaud là où il est, et qui c’est un fait se trouvent désormais orphelins des groupes qu’ils ont vénérés une vie. Bien sûr, n’en déplaise aux gardiens du temple, les plus jeunes ont AUSSI le droit de s’amuser et communier sur des musiques extrêmes, sans que les musiciens n’aient nécessairement l’âge de leurs grands-parents ou soient obligatoirement passés dans les pages de Best, Enfer et compagnie. Mais c’est un fait, avec cette affiche, le HELLFEST vient de mettre un sacré coup de pied au cul de ses festivaliers historiques, ces quinquas+ dont le réveil est brutal. « Merci pour tout et au revoir. Portez-vous bien ! ». Réveil brutal certes, mais réaliste. L’équation est à plusieurs inconnues. L’âge du capitaine, celui du navire, et celui de ceux qui font la queue pour embarquer. Un coup de pied au cul…. vers la sortie, « le bal est fini, il va falloir partir messieurs, dames ! ». La programmation en elle-même n’est pas surprenante. En 2011, par exemple, lors de la dernière année sur l’ancien site, les quadras venaient célébrer les groupes qui les faisaient vibrer lorsqu’ils avaient 15 ans, soit au cœur des années 80. En visant toujours la même tranche d’âge, l’orga du Fest fait jouer les groupes que les quadras d’aujourd’hui écoutaient à l’aube des années 2000. Toutes choses égales… Alors les groupes de jeunes investissent maintenant les Mainstages, tandis que les vieux transhument vers les tentes. Et leur public avec. Exode metal. Plus pernicieux peut-être est cet élargissement qui se réalise au gré des journées du fest. Ainsi, on nous annonce une journée plus hip-hop le dimanche, une journée féminine le vendredi, ou encore le jour des « vieux » le samedi. En procédant ainsi, les organisateurs catégorisent le public au risque évident de faire exploser la fameuse « communauté metal ». Et donc à l’avenir non pas de faire revenir le public à l’aveugle pour quatre jours, mais de l’inciter à sélectionner « sa » journée en fonction de ses goûts (voire de son âge). La question n’est pas de savoir si on est ouverts d’esprit ou si on a le droit d’écouter autre chose que du metal. Evidemment ! Et il y a bien d’autres festivals qui existent pour certains depuis longtemps pour satisfaire les goûts variés de chacun d’entre nous. La question qui va se poser à court terme est celle de l’identité d’une manifestation qui s’est toujours, à juste titre, revendiquée extrême et en phase avec un public bien défini, lequel a toujours su pourquoi il se rendait chaque année à Clisson. Une parenthèse enchantée, un sentiment d’appartenance, un endroit hors du temps, un refuge…. dont beaucoup parleront bientôt au passé, un tremolo dans la voix, les yeux embués de nostalgie. Les fesses endolories aussi…. Pendant que les plus jeunes continueront la fête. Autrement. Comme aux Vieilles Charrues ou à RockEnSeine.

Une réflexion sur “[HELLFEST 2025] LA PROG : coup sur la tête ou pied au cul ?

  1. Entièrement d’accord avec cette analyse (que certains qualifieront de « vieux con » ce que j »assume pleinement). Le HF a pris l’option du quantitatif et de la séparation des genres (et donc des publics). Il y perd son identité et une bonne partie de sa crédibilité.

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