L’autre jour,… je contemplais béatement ma collection de vinyles, scindée en deux parties : ceux que j’achetais quand j’étais jeune et ceux que je me suis remis à acheter depuis quelques années. Je ne suis pas pour autant devenu un acheteur compulsif. Je me concentre sur mes coups de cœur. Parfois, je continue à préférer l’achat de cd, et bien souvent le streaming me suffit. Je me raisonne. Quand je suis tombé dans la musique (rassurez-vous ça ne fait pas mal. Encore que…), le vinyle n’était pas un Objet. Il n’avait encore moins rien de noble. C’était un moyen, un support. Rien de plus. Bien avant la touche « repeat », il n’était pas rare que des accidents de « manutention » arrivent, et l’expression « poncer un album » ne s’employait pas au sens figuré, tout comme celle « ton disque est rayé ». Aujourd’hui, le vinyle est un objet de collection, un objet de luxe, tant et si bien que certains en achètent sans même envisager d’acquérir une platine pour un jour les écouter ! En un sens, peut-être est-il nécessaire d’avoir connu l’avant (l’avant numérique, l’avant streaming…) pour raison garder lorsqu’il s’agit d’appréhender le vinyle…. et désormais son coût plus que prohibitif. Mais pourtant, chaque soir à la maison quand il s’agit d’écouter de la musique, c’est toujours d’abord un vinyle. Puis du streaming. Et enfin du cd. Malgré parfois quelques bruits parasites ou encore la nécessité de se lever toutes les vingt minutes pour le retourner, le vinyle convient à merveille aux albums qu’on a envie d’écouter en intégralité. C’est une autre écoute. Unique. Une forme d’immersion. Daniel Gildenlow (Pain of Salvation) me confia un jour que tout le cérémoniel qui accompagne l’écoute d’un vinyle équivaut au plaisir de se servir un bon cognac, de s’asseoir au salon pour le savourer et de rompre avec le quotidien. J’adhère à cette métaphore. Le vinyle n’est définitivement pas un objet, c’est un créateur d’ambiance, un voyage dans le temps, une échappatoire. Un moyen d’isolement aussi peut-être, d’un monde extérieur dominé par la froideur de la technologie. Ce soir, on a ainsi passé sur ce support du Whitesnake de la grande époque, du Riverside (deux albums), puis du Leprous. Autant de sons, de productions, et de mondes ou d’univers différents… il y a là quelque chose d’intangible qui mène à l’ailleurs. Du domaine de l’expérience. Ecouter un vinyle, c’est rejeter le zapping, c’est s’abandonner dans un voyage sensoriel et prendre plaisir à s’y perdre.
