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Bon, au diable les paris, j’avais prévu d’être sur site à 11 h 05 pour ce troisième jour, bah c’est raté ! C’est in extremis que j’arrive à l’espace presse à 14 h 05 pour démarrer sur les chapeaux de roues une interview programmée pour débuter cinq minutes plus tôt avec Matthieu Metzger (Klone, Killing Spree). Heureusement, je connais par cœur les questions que j’entends lui poser tandis que Matthieu, au taquet et parfaitement affuté, connaît toutes les réponses ! Voilà une belle rencontre comme le Hellfest les permet. Je regrette seulement que mes cinq minutes de retard n’aient pas pu permettre à Matthieu de sortir son instrument de sa housse (en tout bien tout honneur) ! Après tant d’années, je n’ai donc pas encore la solution pour arriver tôt. Il faut dire que ma matinée a été chargée, entre lecture de la presse régionale (« Mais enfin ! Si le Hellfest n’a pas pris parti au sujet des élections législatives, c’est que ce sont des fachos ma bonne dame ! ») et décider s’il fallait arriver en touriste comme la veille ou avec un pancho dans le sac ! Ce samedi, c’est un peu la journée cogitation puisqu’après deux jours de crapahutage mon corps transmets tous les signaux possibles à mon cerveau pour glander. Et les sujets de réflexion ne manquent pas : « Mais que diable Reuno voulait-il vraiment dire en parlant de satisfaction de payer 350 boules pour voir Shaka Ponk ? », « Mais quelle sera la réaction des festivaliers à l’annonce des résultats du deuxième tour des législatives demain ? Feront-ils un wall of death géant ? », ou encore « Pourquoi des festivaliers situés devant les mainstages lèvent-ils les bras en direction des écrans géants qui les bordent plutôt que vers la scène et les musiciens ? ». Perdu dans mes réflexions, je me rends sous l’Altar pensant y voir Oxbow (qui en fait sont programmés à la Valley) (mais qui en réalité sont remplacés par Dust Lovers) et je me retrouve donc à l’aveugle devant Sanguisugabogg devant lesquels je me perds à nouveau dans mes réflexions (« Des blasbeats et une voix growl peuvent-ils se suffire en soi ? ») avant petit-à-petit d’être emporté malgré moi dans leur univers poussant la simplicité au paroxysme de son efficacité ! Petite séquence frisson au cœur du spectacle quand le chanteur remercie chaleureusement l’assistance avec émotion, en précisant que jeunot dans son Ohio natal il regardait les vidéos des concerts du Hellfest avec envie. Une belle découverte, dans tous les sens du terme ! Je passe en coup devant Wayfarer pour rejoindre la zone presse où m’attend Klone pour une interview que peut-être je publierai un jour. Vous voyez, il me faut vous avouer que depuis que Guillaume Bernard a compris il y a longtemps déjà que je publiais beaucoup de conneries sur mon site, il a décidé qu’il n’avait plus besoin de garder son sérieux pour me répondre. Ou plutôt qu’il pouvait rester lui-même et user de cet humour pince-sans-rire susceptible de heurter tout lecteur qui ne le connaîtrait pas. Alors pour la forme (et surtout par plaisir), j’affectionne nos rencontres, et peut-etre qu’arrivé à une dizaine d’entretiens il me sera possible d’en extraire une page d’interview publiable. Ou pas. Bref, tout ça pour dire que cette année ma rencontre avec Klone, à savoir Guillaume, Aldrick et Enzo, dura, dura, dura… suffisamment pour soigner définitivement mes ampoules aux pieds ! Mais le Hellfest, ce rendez-vous communautaire convivial, c’est cela aussi. C’est ce qui en fait le sel. Tout ça pour dire aussi, que par leur faute je rate Mammoth WVH (une fois de plus). Je ressors de l’espace presse pour assister à la deuxième moitié du show de Malmsteen, le suédois incendiaire aux doigts de fées et au caractère bien trempé qui voulait impressionner Blackmore en se voulant plus néoclassique que néoclassique. Bon, pour être honnête, 40 ans après Rising Force, le guitariste a un peu perdu de sa superbe, joue bien trop fort, et n’a pas fait d’effort pour pimenter visuellement sa prestation scénique. Une prestation mi-fugue mi-raisin. Dans la foulée, j’assiste au retour d’Extreme. Un peu dubitatif compte tenu de la musique assez datée du groupe, mal m’en prend car l’énergie est au rendez-vous, jusqu’au final qui conjugue passé et présent (Get the funk out et Rise). Le plaisir n’est pas le même devant Accept qui joue une setlist basée à 60 % sur ce que le grand public attend, c’est à dire la période Restless & Wild, Balls to the Wall, Metal Heart, un répertoire sur lequel quoi qu’en on dise, l’absence d’Udo se fait grandement ressentir. Pour tout dire, je n’ai même pas reconnu le début de Midnight Mover…. un comble ! Joel Hoekstra (TSO, Whitesnake, Revolution Saints, et tant d’autres projets) joue l’interim à la troisième guitare, ou la seconde lead, en remplacement de Philip Shouse et il va falloir 1/ qu’on m’explique pourquoi ACCEPT a besoin de trois guitares sur scène, et 2/ pourquoi avoir choisi Hoekstra qui – on le sent – passe son temps en retrait sauf pour un solo et refrène – c’est tellement visible – sa propension à sourire et faire le show « à l’américaine ». Pour ma part, il s’agit d’une erreur de casting flagrante et d’une présence somme toute inutile… qui au lieu de m’emporter accroit mes cogitations du jour. Tiens à propos, voilà Mass Hysteria ! Hâte de voir ce que Macron, Le Pen, Mélenchon, le grand patronat & Co vont prendre en cette veille d’élection. ! Bah…. rien. Et c’est mieux ainsi finalement. Dans ce marasme, c’est réconfortant de voir un groupe positif à bloc. La pluie a fait quelques apparitions intermittentes (du spectacle) mais s’installe petit à petit plus sûrement. J’ai donc la joie d’enfiler mon pancho alors que sur les écrans, la nuit tombée, virevoltent quelques OVNIs et que la sono diffuse le pré-générique des Envahisseurs ! Je ne sais pas si David Vincent a vu Bruce Dickinson sur scène, mais pour rien au monde je n’aurais raté cette prestation, 1/ n’ayant jamais vu Dickinson en solo sur scène 2/ ayant adoré son dernier album The Mandrake Project. Je passe une heure de bonheur sous la pluie, non pas les larmes aux yeux mais les gouttes de pluie s’écoulant sur la capuche de mon pancho au bout du nez. Le groupe est physiquement un peu en retrait (pluie oblige) mais assure grave, quand bien même seuls trois titres du dernier album sont joués. Je m’en fous, ils en jouent autant de The Chemical Wedding ! Tout à une fin et je quitte alors le site sous une pluie bien installée. Je n’avais pas prévu de rester pour Metallica de toute façon, les ayant vus un mois plus tôt au Stade De France. D’après ce que j’ai compris, de l’avis unanime des festivaliers qui n’ont rien d’intéressant à dire, ils se sont foirés sur leur reprise d’Indochine. Qu’aurais-je pu ajouter ? Je rentre. Je garde mes forces pour le wall of death géant demain à 20 h ! Dans le bus en direction du parking, un père à mes côtés interroge son fils sur son meilleur concert du jour. Je ne me souviens plus de sa réponse, mais quand le fils lui retourne la question, le père lui répond dans une improbable phonétique « Malmsteen, le guitariste suédois ! C’était bien ! ». Dans un monde de tolérance et d’inclusivité, tous les avis ont le droit d’exister (et c’est tant mieux). En sortant du bus, j’entreprends de m’aventurer à traverser seul le parking géant sous la pluie, dans l’herbe mouillée et la pénombre entre les véhicules garés plutôt qu’en suivant le chemin principal empierré. Marchant d’un bon pas je me dis qu’il serait idiot de mettre un pied dans un trou ! Dix secondes plus tard je me retrouve à tenter de retrouver mon équilibre alors que je chute vers l’avant et que mes mains ne répondent plus, comme ligotées ! Je découvre toute la difficulté d’amortir une chute avec les bras sous un pancho ! Ma tête heurte violemment le sol alors que le pancho qui emballe mon corps glisse doucement et inexorablement dans l’herbe. Je revois alors défiler devant moi toutes les images des Hellfest passés… et je me dis que si je mourrais maintenant, je ne saurai jamais ce que Reuno voulait dire…
[A SUIVRE ?]
Photographie de couverture : Nico Caron (Thx Bro !) pour www.metalchroniques.fr !
