Je pourrais commencer ce compte rendu de ma dernière journée au Hellfest là où s’est arrêté celui d’hier. Vous présenter ce couple attentionné de festivaliers toulousains qui a trouvé mon corps inanimé au sol devant le capot de leur voiture à 3h du matin, les sympathiques secouristes qui ont accouru ensuite, vous narrer mon transfert jusqu’au CHU en pleine nuit ou encore l’IRM de ce matin à 09 h. Mais non. Car il n’y eut rien de tout cela, fort heureusement ! Je me suis relevé penaud mais seul dans le centième de seconde qui suivit ma chute sur le parking, après toutefois un discret repérage des lieux à 360° pour voir si quelqu’un y aurait trouvé matière à moquerie. Amour propre intact ! En revanche, en arrivant à l’hôtel, je rencontre dans le hall, attablés l’un devant un chocolat chaud, l’autre devant un cola, deux metalleux exotiques, vétus aux couleurs du hellfest. J’engage la conversation en anglais avec eux, et j’apprends qu’ils viennent d’Inde (ce dont je pensais me douter) mais sont étudiants à Paris. Nous discutons une bonne demi-heure, et j’apprends que malheureusement du metal français ils ne connaissent que Gojira. Une belle rencontre assurément, qui me permet de me remettre de mes émotions. Je me couche ! N’attendez pas de moi que je vous raconte dans le détail cette dernière journée metallique, vous seriez déçus. Après trois jours et d’excellents concerts, j’ai en ce qui me concerne atteint mon quota, et je m’attache en ce dimanche, notamment en raison d’une programmation conçue pour les plus jeunes d’entre nous (c’est à dire plus à même de plaire à ceux qui ne sont pas encore quinquas) à profiter des autres atouts de ce rassemblement communautaire : passer du temps avec les amis et la famille, pour refaire le monde et aussi le point sur le weekend. Cette année, j’étais présent à mi-chemin entre loup solitaire (ça c’est pour flatter mon ego) et chien errant (et ça c’est plus proche de la réalité), mais toujours sur site ! Je n’ai pas même mis un pied à l’Extrême Market. Ce dimanche en arrivant à Clisson, je me pose direct au VIP avec les premiers amis rencontrés. Le plaisir douillet de l’herbe synthétique, conjugué à celui du breuvage houblonné frais (chaque verre successif devant comme il se doit être consommé avec modération) a un effet apaisant et revigorant. Au gré des amis rencontrés qui visiblement ont aussi accumulé une certaine fatigue, le temps passe vite jusqu’à ce que mon frère me fixe rendez-vous devant la gardienne des ténèbres. C’est donc assis sur le pavé moins douillet qui l’entoure que j’ecoute d’une oreille distraite mais attentive (?) les prestations de Corey Taylor puis Queens of the Stone Age qui accompagnent énergiquement, de ce que j’entends, cette fin d’après-midi dominical. Prenant notre courage à deux bras, nous bougeons cependant jusqu’à la Valley pour le concert de CROIX CROIX CROIX ou (CROSSES). Le son est impecccable, tout comme la voix envoutante de Chino Moreno. Le concert a commencé depuis quinze minutes et je me plonge sur mon téléphone pour connaître le résultat du second tour des législatives. Le temps d’échanger avec mes voisins et les amis qui m’accompagnent, constatant l’absence de tout mouvement de foule, de toute manifestation de dépit ou de joie, de tout wall of death géant, de toute clameur ou huées qui aurairent pu s’élever sur le site à la proclamation des résultats, je reprends mes esprits et je découvre que la scène de la Valley est vide. Le concert de CROIX CROIX CROIX s’est arrêté. Nous attendons de très longues minutes, en vain, et faisant une crois dessus décidons d’aller manger. Je reviens devant la valley à 21:55 pour le concert de RIVAL SONS. Quel bonheur de presque clore avec les californiens ce weekend ! Un weekend commencé quelques 80 heures plus tôt avec Komodrag & The Mounodor. Comme disent les anglophones, je réalise que musicalement, thématiquement, et spatio-temporalement, the boucle is boucled ! Il est alors temps de partir, l’esprit léger et sans regret. La coupe est pleine. Il est loin le temps où le dimanche soir le festival s’achevait sur un feu d’artifice et coupait le son à 2h, tandis que je quittais mes amis la larme à l’oeil avec cette question existentielle : « Que ca va être long un an !!!! ». Aujourd’hui, extinction générale des feux à minuit. Je commande un dernier sorbet fraise, je reste quelques instants devant DIMMU BORGIR en mangeant ma glace, puis je m’éloigne du site au son de ses derniers morceaux, nonchalamment. Presqu’en sifflotant. Le cœur léger.
Demain, il sera temps de tirer les conclusions d’une édition quasi parfaite à mon goût, mais dont le line-up et l’ambiance me semblent avoir entrebaillé quelques portes vers…. autre chose.
Et je repense à Reuno.
(A SUIVRE)

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