OZZY est la pierre de Rosette du metal. Il y a autant de versions d’Ozzy Osbourne qu’il y a de metalleux. Mais le seul John Michael Osbourne, né le 03 décembre 1948 à Birmingham, nexus des réalités métalliques, est l’alpha et l’omega des forces obscures de ce courant musical. Quand bien même n’aura-t-il « que » chanté les textes de Geezer Butler sur les riffs de Tony Iommi, il incarne pleinement à lui seul cet univers diabolique. Hier je fêtais mes 58 ans. Cinq jours plus tôt Ozzy tirait sa révérence. Me laissant comme tous, orphelin du metal.
A chacun son Ozzy. En ce qui me concerne, mon amour incommensurable pour Black Sabbath, le groupe qui a lui seul personnifie le metal, remonte à 1979 ou 1980. A cette époque, du haut de mes 12 ou 13 ans, je commençais mon éducation musicale, ou mon envoutement métallique, en découvrant AC/DC, Scorpions, Alice Cooper, Judas Priest, et le début de la NWOBHM. J’étais une éponge neuve, tout juste déballée, qui ne demandait qu’à absorber, sans grand frère ni internet pour me guider. Avec BEST et Rock&Folk comme seuls prescripteurs. Je me souviens comme si c’était hier acheter puis dévorer, allongé sur mon lit, un numéro de R&F qui listait les 50 groupes de Hard Rock à découvrir. Parmi ceux-ci figurait Black Sabbath. Le rédacteur, fort astucieusement, rappelait que bien avant Back in Black les cloches de l’enfer résonnaient déjà sur le premier album de ce groupe, mais que l’album à posséder était le second, Paranoid. Notons qu’il ne suggérait pas un album avec Dio au chant… Je me ruais chez mon disquaire. Quelle déception, tant la musique, le son, sonnaient vieillots. Malgré tout, ayant épuisé tout mon argent de poche, j’écoutai cet album en boucle. Jusqu’à plus soif. Fast forward en 1981. Au lit un soir d’école, le transistor collé sur l’oreille, j’écoute Fréquence Nord et je découvre « Diary of a Madman » (le titre). Je suis définitivement envouté. Cette ambiance gothique, ce riff, ce chant plaintif, désespéré… Une épiphanie ! Il me faut cet album ! En seconde en 83, des copains de classe me font découvrir Dio qui sort son premier album solo (« Ca ne marchera jamais, personne ne le connait ! », me dit Eric (17 ans) qui me prête les K7 de Heaven & Hell et Mob Rules). J’ai 16 ans, je l’écoute dubitativement, tandis que sortent Bark at the Moon puis The ultimate Sin. C’est un Ozzy différent, et pourquoi donc l’énergie et le son de la guitare ont autant changé ? A l’époque, je ne savais ni pour Randy Rhoads ni pour MTV. Je lis une chronique dans ENFER et le rédacteur parle d’une « voix de crécelle faite pour tout sauf chanter » et pourtant… Par la suite, je découvrirai la disco de Black Sabbath, et reviendrai avec amour sur les huit premiers albums après avoir longtemps considéré RJD comme le meilleur chanteur de tous les temps. Il fallut que jeunesse se passe… Quant à Ozzy , tout comme j’achetai les albums de Sabbath avec Gillan, Hughes et Martin à leur sortie, je me procurai les siens avec Zakk, puis…. tous les autres. Je me souviens avec émotion du concert d’adieu donné à La Cigale pour le « No More Tours ». Il n’y a que Scream que je ne possède pas, ayant été échaudé par la platitude des précédents. A un moment donné, il faut se rendre à l’évidence quand tout a été dit. Mais Ozzy n’est pas un simple chanteur. C’est un personnage. Bien drivé par sa femme, Sharon. Je n’ai jamais été fan de la série TV The Osbournes. Come on, il avait quoi ? 52 ans à l’époque, et était déjà présenté comme un légume ! Money, money, money. Mais avec quelle efficacité ! Une STAR, plus qu’une Rock star ! (mais était-ce ce que l’on souhaitait quand la musique nous importait plus que tout ? Rock’n’roll ? Non, je ne crois pas.). Plus tard, je me souviens d’une interview dans Rock Hard (je pense) où le journaliste expliquait les difficultés de l’interviewer par téléphone, et en l’occurrence le souci qu’il avait rencontré quand le Prince of Darkness avait demandé deux minutes le temps d’aller aux toilettes mais n’était jamais revenu au bout du fil… Il m’a fallu des années pour me réconcilier avec le personnage qu’il était devenu, à tel point qu’à la mort de Dio, quand Iommi déclara qu’il avait des tonnes de riffs qui ne demandaient qu’à finir sur des disques, je répondais à mes amis : « Avec Ozzy au chant ? Mais non !! Jamais !!!! ». Mais d’abord lors d’un séjour aux Etats-Unis où plusieurs événements m’on fait comprendre à quel point je n’avais pas compris que le personnage était devenu une icône : un trajet en Uber où « Crazy Train » passa innocemment à la radio entre deux tubes R’n’B, « »Paranoid » entendu sur l’autoroute en rejoignant l’aéroport, et plus encore cette caissière à Universal Studio qui m’interpella, rapport à mon t-shirt Black Sabbath : « Vous êtes fan de Sabbath ? Vous aimez Ozzy aussi ? » et me laissa pantois (quelle question saugrenue !!! Les deux sont indissociables mademoiselle !). Et puis il y eut ce concert de Black Sabbath au British Summer Festival, à Hyde Park en 2014. Tous ces gens rassemblés en plein air, chantant à tue-tête, Ozzy gamin comme jamais,…. Et puis ce concert suivant au Hellfest en 2016. Encore une soirée de pure communion. A tue-tête. Le bonheur, le partage, le répertoire. Plus celui de Sabbath que de sa carrière solo, je l’avoue. Finalement, j’eus le bonheur d’assiter à Birmingham au dernier concert de la tournée THE END. Je m’attendais à ce que la soirée se termine en pleurs, elle se finit en sourires. Ce soir-là, alors qu’on annoncait de futurs concerts d’Ozzy en solo qui jamais n’arrivèrent, la boucle fut définitivement bouclée. Je suis heureux qu’Ozzy ait pu saluer une dernière fois son public le 05 juillet dernier au Villa Park. Je n’avais aucune raison d’y être. L’histoire était déjà écrite. Cinq jours après sa disparition, Ozzy ne me manque pas. Je l’écoute quotidiennement. Jamais il ne disparaîtra. D’ailleurs, à cet instant précis, il est là. Dans ma maison. J’entends son rire, qui résonne quelque part dans l’ombre de la pièce….

Merci pour cet article, je suis un grand fan de Ozzy et de Black Sab’ également. J’y rends aussi hommage sur mon blog.
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Lu ! Bravo ! Combien sommes-nous à partager ce souvenirs, combien d’orphelins ?
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