Je continue à progresser dans mes moments libres dans la lecture de la bio du regretté Jean-Pierre Putters (MAD… ma vie !) qui égraine chacun des numéros de MAD MOVIES publié sous sa houlette. Un joli parcours, qui me donne l’impression d’explorer ma jeunesse tant j’y croise à chaque ligne des noms connus, et des connaissances aussi, qui l’ont accompagnée. Cela n’a rien de véritablement nostalgique. Je ne suis pas adepte du « c’était mieux avant », seulement du « c’était avant ». Ca s’appelle le temps qui passe, avec ses bons souvenirs que l’on aurait bien tort de vouloir effacer ou renier, mais que l’on doit choyer comme il se doit, ni plus ni moins que les nouveaux que l’on se crée chaque jour encore heureusement. C’est aussi un « avant » qui perdure délicatement car le temps est un fil, que l’on réalise être ténu plus on avance en âge. À la lecture de cette bio, je me sens complice de ce collaborateur que j’écoute toujours au gré de podcasts, de cet autre qui vit à quelques kilomètres de chez moi et que je n’ai jamais cherché à rencontrer, de cet ami dont je découvre en photo le gâteau de mariage élaboré en son temps par JPP, de cet autre qui m’ouvrit les portes de Metaluna…. Et puis page 157 je prends en peine face le
Non. Avant d’y venir, il faut que je vous avoue quelque chose. Cela fait 38 ans, depuis SCARCE 14, que j’écris en continu. Tout d’abord par plaisir, indéniablement. Par amusement, tout autant. Pour échanger et provoquer, probablement. C’est pourquoi je savoure cette bio, JPP évoquant plus le plaisir de faire que de briller. Un jour, je me suis lancé dans les interviews. Mais là où la plupart de mes collègues se battaient entre eux pour traquer le buzz, l’exclu, la hype du moment, j’ai presque toujours cherché à rencontrer les artistes, auteurs, dessinateurs, musiciens, qui m’avaient fait rêver. Ceux qui avaient marqué ma jeunesse. Ceux avec lesquels je savais que je pourrais échanger. Avec lesquels j’étais persuadé d’avoir établi une forme de complicité, même s’ils l’ignoraient, ou n’en avaient cure. Il ne m’importait pas de rencontrer la star du moment. Je voulais comprendre et approfondir des œuvres qui m’avaient fait vibrer, et les inscrire un peu plus, humainement cette fois, dans le parcours de ma vie. Jusqu’à embarquer deux amis deux jours dans le New Jersey chez un lettreur de comics ! (Je savais faire rêver à l’époque). La plupart du temps, ce furent de belles rencontres générant parfois de belles amitiés qui durent encore. Mais à tous les coups, ces rencontres me permirent d’explorer un peu plus les souvenirs de ma jeunesse, de leur donner corps, de les comprendre parfois, et souvent d’échanger avec eux plus sur nos goûts communs que leurs œuvres. Une façon de tout remettre dans son contexte. De donner du sens. Des moments hors du temps comme parler longuement de « Restless & Wild » (Accept), titre par titre, avec Phil Anselmo, de comics d’horreur avec Scott Ian (Anthrax) (on avait été coupés, il m’avait rappelé), ou des x-men et d’échanger des photos prises par Tommy Victor (PRONG) lors de sa visite des bureaux de Marvel à NY. Ou encore être invité au restau dans les faubourgs de Washington par Sal Buscema et son épouse pour s’entendre dire que voyager pour rencontre des auteurs c’est bien, mais que visiter Monument Valley c’est mieux ! Tu parles, Sal ! Rassembler les pièces du puzzle de ma vie. Des pièces qui pourraient paraître anodines ou vaines, mais qui trouvent leur raison d’être dans le fait de les compiler. Une compilation ego centrée ? Une quête intérieure ? Sûrement ! (D’ailleurs si à ce moment je vous ai perdus ce n’est pas grave, je prends conscience que j’écris pour moi de toute façon…) Rencontrer et discuter avec Francis Zegut, Christian « Zouille » Augustin, ou encore Steve Englehart y participent. Pour aussi poser les marqueurs du temps qui a passé et qui passe encore. Non pas se retourner sur sa jeunesse avec regrets éternels mais s’en nourrir pour aller sans cesse de l’avant. Et pour cela, écrire est mon outil. Pour d’autres c’est la musique. Pour d’autre encore c’est le dessin.
Cela me ramène à cette page 157 de la bio de Jean-Pierre Putters (MAD… ma vie !) dont je voulais vous parler avant de digresser. Eh bien dans le coin bas de la page, que vois-je ? Un dessin de Sylvain Delzant ! Dire qu’un jour je l’avais traîné chez un lettreur de comics dans le New Jersey…
Ma vie ? Un puzzle, vous dis-je…. Je ne vous raconte pas le gros bordel une fois qu’il sera terminé ! Enfin… du moment que tous les gens que j’aime y sont…

