SORTILEGE « Le poids de l’âme » (2025)

 

En plaçant en 2021 le départ de sa nouvelle vie sous les auspices du Phénix, SORTILEGE ne pouvait imaginer que le cycle de mort et de résurrection symbolisant cet oiseau mythique illustrerait le passé mais aussi l’avenir proche du groupe. En effet, c’est tragiquement que Bruno Ramos, guitariste soliste émérite de SORTILEGE et précieux artisan de son renouveau, disparaît de manière aussi injuste que prématurée en mai dernier. Mais il n’est de mort sans résurrection, et SORTILEGE trouve rapidement en la personne de Michaël Zurita l’homme providentiel permettant au phénix de poursuivre son vol. Zurita a pour lui l’avantage de connaître Olivier Spitzer (guitariste, compositeur, producteur) pour avoir joué ensemble dans Satan Jokers, mais aussi Zouille (chant) et une partie du répertoire du groupe pour avoir été de l’aventure Zouille & Hantson lors de l’éphémère retour sur scène au Keep It True Festival XII en… 2009. Un changement de soliste n’est jamais anodin, et l’ambiance de Le Poids de l’âme se distingue de celle d’Apocalypso (2023) sans que cela ne soit entièrement imputable à Zurita, loin de là, même si son jeu est, plus que celui de Bruno Ramos, empreint d’évidentes influences 70’s. A ce titre, au fur et à mesure que l’album se dévoile, de belles parties mélodiques ou planantes ne sont pas sans renvoyer au Scorpions d’Uli Jon Roth par exemple (le surprenant « Origines » ou l’émouvant « Le monde de l’oubli », co-écrit par Bruno Ramos), tout comme surgissent de-ci de-là des sonorités néo-classiques évoquant Blackmore ou Malmsteen. Mais curieusement, les guitares, et le chant aussi, sont cette fois mixés en léger retrait du mur de son rythmique massif orchestré par Spitzer, teinté de Maiden ou de Priest, comme si les mélodies pourtant omniprésentes n’avaient plus vocation à sacrifier la puissance des titres sur l’autel de futurs karaokés live. Thématiquement, les morceaux ne sont plus systématiquement axés sur la mythologie, ses légendes, ou l’heroic-fantasy, mais vont forer dans le quotidien et ses préoccupations plus terre à terre (« Colère », « Origines », « Sans foi ni loi »). Il en résulte un album plus agressif dans l’esprit et la forme, compact, moins chantant donc, et nécessitant plusieurs écoutes pour en effeuiller les multiples couches, dépasser les apparences, et en découvrir les subtilités cachées. La guitare solo par exemple, si elle peut sembler de prime abord plus discrète que précédemment, est en fait nichée entre toutes les rythmiques, toujours volubile et virevoltante, comme sur « Colère », « L’alchimiste » ou « Sans foi ni loi ». Sur « Colère », « Origines » ou « Le monde de l’Oubli », la voix de Zouille n’hésite pas à s’émanciper quant à elle avec brio de son chant habituel, agressive ou mélodique, quand elle ne brise pas littéralement les frontières de l’audace comme sur le refrain de « La Forge Divine ». En fait, Le poids de l’Âme est un album décomplexé, libéré ! Si la longue carrière du groupe et l’âge respectable de la plupart de ses membres ne rendaient la réflexion suivante d’une idiotie bête, on serait tenté d’écrire que SORTILEGE a sorti son « album de la maturité ». Alors non, Le Poids de l’âme n’est pas du « pur Sortilège » comme se sont empressés d’écrire certains dès le jour de sa sortie, mais bel et bien l’album d’une nouvelle résurrection. Percutante, intense et jubilatoire.

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SORTILEGE
« Le Poids de l’Âme »
Verycords
Sortie le 21 novembre 2025

 

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