
C’est l’histoire d’un fan de Maiden, mais qui aurait pu tout aussi bien l’être de motos, de karaté ou de maquettes, semblable à vous et moi, Ou celui que nous aurions pu être (et peut-être avons-nous été) il y a 40 ans. Car au-delà de ses fondements musicaux, PIECE OF MY MIND est avant tout une histoire de jeunesse pré-internet. Il est important de rappeler aux GEN Z qui nous liraient (sait-on jamais) que si le monde n’était pas forcément mieux avant (comprenez « avant les réseaux et la dématérialisation des rapports humains »), son organisation était radicalement différente. Les portes qui se présentaient face à la jeunesse n’avaient pas du tout les mêmes serrures qu’aujourd’hui, et tenter de forcer leur ouverture impliquait de se muer en Frodon ou en Alice et tailler la route plutôt que se poser devant un clavier et un écran, reclus dans sa chambre d’ado connectée à tout sauf l’essentiel. Damned, ça y est vous m’avez capté, je suis un vieux con ! La touchante histoire d’Emmanuel Haeussler tient sa force de son improbable banalité qui fait ressurgir tellement de flashes en invoquant le quotidien des ados des années 80, la vie en province, et les premiers émois musicaux. Mais elle est transfigurée par la conjonction de l’audace, l’insouciance et l’innocence propres à la jeunesse d’alors, capable d’ouvrir, voire forcer ces serrures et même dans le cas de Manu littéralement défoncer ces portes ! Car oui, dès les premières lignes du récit, Emmanuel devient « Manu », notre pote oublié, tant son histoire, narrée avec candeur, humilité et jovialité, est pétrie d’humanité, de naturel, de rencontres, d’amitiés…. Sa quête profondément initiatique, c’est Les Goonies à la recherche de la NWOBHM ! Manu en révèle suffisamment sur ses potes et lui-même, leurs coups fumeux/foireux d’ados à ranger quelque part entre « Les sous-doués passent le bac » et les « Bidasses en folie », les mésaventures de Lucien (Margerin), d’innombrables nuits au camping, ou encore leurs premiers groupes amateurs, pour que le lecteur trouve ici ou là dans la foultitude d’anecdotes un écho à ses propres souvenirs d’un monde alors naïf et restant à défricher. Pour résumer l’incroyable étincelle qui allume la mèche du récit, il faut imaginer un premier concert d’Iron Maiden épiphanique, transformant en un centième de seconde le jeune Manu en FAN transi, le poussant à chercher et acquérir tout ce qui sort sur le groupe, jusqu’à ce « livre » dans lequel est reproduit au détour d’une page un ancien document contractuel passé entre EMI et les membres du groupe, sur lequel il découvre d’anciennes adresses. Il n’en faut pas plus pour que Manu et son pote Christophe partent en stop à Londres depuis Nancy ! Leur quête les mènera en quelque sorte au graal, en la personne d’Ada Harris, la grand-mère du bassiste du groupe, l’incontournable Steve. La suite de cette histoire qui perdure encore aujourd’hui…. je vous invite à la découvrir vous-même en vous procurant ce livre qui se dévore avec admiration, envie, et beaucoup de sourires et rires. Ne vous trompez cependant pas, mis à part une soixantaine de pages « techniques » en fin de livre sous l’intitulé « collectors » (réservées aux fans endurcis de la vierge de fer, et que nous avons trouvées presque inopportunes), ce livre c’est la vie de Manu. Avec Iron Maiden et Steve Harris en prétexte omniprésent, Il y célèbre avec vivacité l’amitié, la famille, la fidélité, la passion. En ces temps troublés incertains, PIECE OF MY MIND redonne foi en l’humain et les belles choses qu’il peut réaliser. Une lecture solaire et emballante.
PIECE OF MY MIND
Emmanuel Haeussler
Renseignements et commandes : pieceofmymindthebook@gmail.com
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