
Trois ans déjà se sont écoulés depuis This is What a Winner Looks Like, un album qui pourtant tourne encore régulièrement sur nos platines. Il faut dire que la musique de GODSTICKS, dont Void est le septième album studio, a ce côté à la fois brut, rugueux, mais aussi ciselé dans toutes ses strates qui fait que les innombrables écoutes ne permettent jamais à l’auditeur d’en venir totalement à bout. Hors du temps et donc loin des modes. Insondable, derrière une simplicité « direct dans ta face ! » de façade. Si le groupe a multiplié ses prestations live ces derniers mois, il s’est aussi trouvé un nouveau bassiste en la personne de Francis George, deux événements qui sans aucun doute ont engagé une forme de mutation que l’on qualifiera de subtile vers une ambiance plus sombre, plus énervée, devant peut-être plus encore à l’état d’esprit de Darran Charles (guitare et chant) qui s’avoue particulièrement blasé, désabusé, face aux travers égoïstes de notre société qui le poussent à s’isoler et se réfugier dans le… néant. Ce même Void qui donne son titre à l’album et en imprègne les musiques et les textes. Franchement, pouvait-on imaginer thème plus joyeux ? Les fans du groupe, « ceux qui savent », ne seront pas surpris par cette direction déjà plus que présente, plus ou moins (plus que moins) larvée, dans les précédentes sorties et qui font l’identité du groupe, sa singularité, celles que l’on retrouve ici avec bonheur. GODSTICKS est de ces groupes incapables de sortir un mauvais album, et nos chroniques n’ont été que dithyrambe sincère (comme ici ou encore ici). Dès lors, serions-nous crédibles à vous annoncer que Void est « encore meilleur » ? Et pourtant…. (surprise) il l’est ! On y retrouve bien sur la voix de Darran Charles dont le timbre évoque parfois celui de Myles Kennedy ou Chris Cornell, sans jamais se départir d’une agressivité contenue portée par des mélodies percutantes. C’est LA marque de fabrique de GODSTICKS. Tout comme le sont ces riffs, hargneux, souvent alambiqués, flirtant quant à eux avec le djent, mais contenus eux aussi comme en écho avec le chant, caressant à rebrousse-poil avec un souci permanent de groove et de puissance (le dissonant « Torn Again », par exemple). Gavin Bushell (guitares) et Tom Price (batterie), qui collaborent activement à la composition, complètent un quatuor au faîte de son art, servi par une production d’une limpidité clinique qui prend soin de ne jamais effacer la vie ni l’émotion qui s’en échappent. L’adjonction d’arrangements sur la plupart des titres, qu’il s’agisse de notes de synthés ou même de discrètes boucles électro (« Can’t Withstand » ou « Talking Through Walls Pt. 2 »), participe de cette impression que la vie grouille dans toutes les profondeurs. Que ce soit au niveau des solos, de la rythmique, des breaks, jamais le groupe n’est pris en défaut de faire bien ou de surprendre. La plupart des titres, d’ailleurs, se sublime dans des deuxièmes parties aussi surprenantes qu’inattendues (la dernière minute somptueusement virevoltante de « Hold Back », la seconde moitié de « Master of a Plan » où s’embrasent tous les fils initialement tissés dans un alourdissement de ton, ou encore le final instrumental de « Watch it Burn »). Avec ses dix titres pour 45 minutes, Void, tout en reproduisant le schéma habituel des derniers albums, dont il resserre cependant la structure pour en rendre la dynamique plus nerveuse, fait montre d’une cohérence encore plus prégnante que précédemment. On savourera également quelques clins d’œil, bienvenus, surprenants mais probablement tout aussi involontaires, à Porcupine Tree (sur l’accélération finale de « Torn Again », ou le départ de « Talking Through Walls Pt. 2 » évoquant The Incident). Void, qui s’achève sur « Hope is Burning », est un album copieusement chargé, auquel il ne manque explicitement peut-être qu’un élément : l’Espoir. Si ce n’est celui que GODSTICKS continue à nous régaler longtemps de la sorte.

GODSTICKS
« Void »
Kscope
Sortie le 27 mars 2026
