HELLFEST 2023 (4) : le Frisson court encore.

Après nos trois premiers épisodes (à lire ici et , et même ici encore), nous avions promis de parler enfin de musique. Le temps est venu de tenir à peu près parole !

C’est incroyable le nombre d’articles que l’on peut écrire sur le HELLFEST sans parler un instant de musique, ni même ne serait-ce qu’évoquer (ou si peu) le réchauffement climatique, les violences faîtes aux femmes, ou l’inclusivité. Notons que les medias nationaux et généralistes font pourtant très bien les deux. Et quand ils font l’effort louable de parler musique, comme France Inter, leur public leur rappelle vertement les fondamentaux comme l’atteste ce commentaire d’un internaute relevé à la suite d’une publication Twitter de cette radio nationale sur le festival : « J’espère que vous aurez une couverture honnête de ce festival dt les organisteurs foulent au pied les droits humains et le respect de la nature !eh oui les temps ont changé après metoo et les marches pr le climat vs ne pouvez ps dire que vs ne saviez ps. Le contexte est important ». Sans commentaire, ni Bescherelle. Si on peut autant parler du HELLFEST, c’est parce qu’il est devenu un sujet sans fin, de quoi en faire « tout un programme !». Et justement de programme parlons en ! D’aucuns nous reprochent parfois d’être aigris, de ressasser un passé révolu, et nous qualifient de réacs, voire de vieux cons. A ceux-là, il nous est difficile de donner tort, et prétendre que ces affirmations ne nous interpellent pas serait mentir. Mais tout de même ! Tenez, il y a quelques années encore, lorsque le HELLFEST dévoilait son affiche, chacun des noms y figurant lançaient dans le cerveau du festivalier la lecture d’autant de morceaux de musique emblématiques ! Aujourd’hui, il faut filer sur Deezer, Spotify ou Youtube pour découvrir dans quel style chacun des groupes officie, ou encore attendre la publication du « programme » en bonus dans un numéro de Rock Hard France pour analyser et comprendre à quoi s’attendre… « Avant », le métalleux organisait son running order sans aide au gré de ses certitudes et goûts, aujourd’hui il sélectionne des « styles » ou des « groupes hypés » sur des supports extérieures en espérant faire de belles découvertes. Changement de paradigme vous disait-on. Tout est noyé dans la masse de l’inconnu, et ce n’est qu’une fois sur place qu’intervient la révélation. Nous en voulons pour preuve la programmation de ce samedi. Les pieds fermement ancrés devant les mainstages, il nous aura fallu quelques heures pour nous rendre compte que la programmation faisait la part belle au prog qu’il soit metal ou autre (Scarlean, Evergrey, Riverside, Puscifer, Porcupine Tree, Iron Maiden…). Quelle belle journée que nous ne soupçonnions pas, naïfs que nous sommes ! Il ne faut pas cracher sur la programmation, nostra culpa, car n’est pas plus aveugle que celui qui ne veut pas entendre ! La veille par exemple, la mainstage 1 donnait une leçon de metal « hard rock » avec British Lion, Elegant Weapons, Skid Row, Alter Bridge, Def Leppard et Motley Crüe. Et que dire du jeudi où les mainstages alternaient vieilles gloires (Generation Sex avec Billy Idol, Hollywood Vampires avec Alice Cooper, et Kiss) d’un côté, et fin de soirée moderne et percutante avec Architects, toujours aussi remuant en live, et Parkway Drive (pareil) ! Il faut se méfier des mainstages. Si la War Zone, la Valley, la Temple et l’Altar annoncent la couleur en terme de styles, les deux scènes principales ne sont pour autant jamais en reste. Seule la journée du dimanche avait décidé de faire fuir les plus de 40 ans (et la météo clémente), pour le plus grand plaisir des trentenaires (Slipknot, Tenacious D, et Pantera Tribute !). Pas plus tard que ce weekend, soit un peu plus d’un mois après HF2023, nous évoquions encore cet événement avec des festivaliers qui nous confiaient ce que nous évoquons : chacun va à Clisson avec quelques groupes en tête, dont il n’est jamais déçu des prestations. Sur place en revanche, on trouve autant de festivaliers pour dénigrer ou encenser tel ou tel groupe. Les mêmes évidemment. Cela n’a vraiment aucun sens. En revanche, en 2023, il semble se dégager un consensus quant à la difficulté de se déplacer d’une scène à l’autre en cours de concert, a fortiori après 18 h 30. L’éloignement des scènes entre elles se conjugue alors à la densité festivalière sur le site pour compliquer toute velléité de transhumance. Mais oui, force nous est de l’avouer malgré notre statut de réacs ou de vieux cons, plusieurs fois au cours du weekend nous avons ressenti le frisson. Ce truc incroyable qui survient au moment où on s’y attend le moins, devant un groupe dont on n’attendait plus rien ou qu’on attendait au tournant dubitatifs, ou encore qu’on ne connaissait pas. Parfois cela ne dure que le temps d’un titre, ou encore d’un solo ou d’une prouesse vocale… mais la magie opère. Encore. Et cela n’a pas de prix. C’est pour ces petits moments cumulés que l’on y retourne encore et encore. Et dans ces moments de bonheur, de communion, de musique, d’égoïsme partagé, noyés dans les décibels et debout dans la foule, un œil sur la scène et l’autre sur le couple d’à côté dont le mec tient sa copine en laisse, entourés de mecs déguisés en vikings ou portant bermudas, de filles à moitié nues, vêtues de filets et les tétons masqués de ruban adhésif, les violences faites aux femmes et la Hell Watch paraissent alors bien loin. Il y a définitivement le Hellfest dont on parle, et le Hellfest que l’on vit.

Une réflexion sur “HELLFEST 2023 (4) : le Frisson court encore.

  1. Voilà qui est dit, écrit et joliment de plus !
    Après, mainstream, Disneyland… le « bon vieux réac’, con, quinqua » que je suis adulait déjà à 20 ans un groupe qui s’appelait (« sous le manteau ») Disneyland After Dark…
    J’ai aimé le Hellfest pour ce qu’il était, j’apprécie ce qu’il représente aujourd’hui (pour ceux qui ont connu, rappelez-vous l’organisation des 2 Monsters Of Rock à Vincennes puis plus près de nous les 2 Sonisphere malgré une « grosse boîte » derrière)
    Victime de son succès, oui je vous l’accorde ! Mais il faut vraiment être de mauvaise foi pour affirmer que nous n’y passons pas d’agréables moments quand on a le Metal viscéralement ancré en nous !!!

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