JUDAS PRIEST « Invincible Shield » (2024)

Six ans jour pour jour (à vingt-quatre heures près) après Firepower (2018), Judas Priest sort son dix-neuvième album studio intitulé Invincible Shield. Alors que la pochette du précédent affichait outrageusement la puissance de feu retrouvée du groupe, ce petit dernier assume cette fois-ci visuellement une position défensive. Récemment, nous établissions notre TOP5 des albums de la bande à Rob Halford, il ne vous surprendra pas d’apprendre que ce disque ne chamboulera pas l’ordre établi. L’imposant bouclier, invincible de surcroît, qui orne cette pochette est l’excellente métaphore du cache-misère d’un groupe en fin de carrière, s’exprimant une dernière fois (pour l’instant) au mieux de ses possibilités, pour ne pas dire de ses restes, et ils sont encore généreux fort heureusement. Ainsi l’album débute-t-il sur une énergique triplette d’offrandes aux Dieux du speed metal, dont le morceau qui donne son titre à l’album est le plus efficace ! « Devil in Disguise » est un titre plus lent, qui fait écho à « Metal God », en une version modernisée. La suite de l’album est plus banale, les refrains guère mémorables, avec beaucoup de longueurs encombrées de solos parfois interminables, parfois bien inutiles. C’est quand les titres sont plus courts (« Sons of Thunder ») ou possèdent des parties surprenantes (le break acoustique de « Giants in the Sky ») qu’ils sortent du lot, comme ce riff emprunté à Iommi et ce chant mimiquant les intonations d’Ozzy (« Escape from Reality »). Car pour le reste, cet album certes par bien des aspects clinquant et dynamique sonne plus respectueux qu’inventif, piégé dans le carcan d’un passé trop lourd, celui dans lequel s’ébat un Richie Faulkner talentueux et plein d’entrain mais abandonné à lui-même, descendant son manche comme une poule sans tête, investi d’une charge trop lourde pour ses épaules pourtant larges. Comme une erreur de casting se révélant sur le tard. Car par essence, Judas Priest a toujours été un groupe de duels de guitaristes, une osmose de riffs acérés et d’affrontements de solos agressifs. Aujourd’hui, alors que Tipton n’est plus que l’ombre de l’ombre de lui-même (est-il seulement présent hors quelques rythmiques ?), Faulkner assure la majorité (pour ne pas dire la totalité) des solos. L’homme est habile et volubile, mais l’intention et le résultat, aussi plaisants soient-ils, sont souvent impersonnels. Comme si les nuées ardentes historiques de la paire Tipton/Downing avaient cédé la place à des feux d’artifice aseptisés. C’est joli. Calibré. Coloré. Mais quelle frustration pour le fan. Sauf que… Sauf qu’au milieu de ces déceptions trône Rob Halford. Le metal God himself, qui à 72 ans insuffle à lui seul l’énergie et la hargne qui transpercent cet Invincible Shield. Impressionnant et magistral, il représente et honore la quintessence de JUDAS PRIEST. Touché par la jeunesse éternelle, c’est lui, le véritable invincible.

JUDAS PRIEST
« Invincible Shield »
Epic
Sortie le 08 mars 2024

 

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