
The Other Side of Mars est non seulement le premier album solo de Mick Mars, guitariste banni de Mötley Crüe en 2022, mais aussi à 72 ans son premier album studio en dehors de ceux du groupe qui l’a rendu célèbre et dont il est membre fondateur. Composé de dix titres variés pour une durée totale de 39 minutes, ce disque vif, alerte, déroule tout ce qu’on est en droit d’attendre d’une production américaine et à ce titre s’avère une franche réussite : grosse prod, gros riffs, vocaux aussi généreux que clairs, mélodies calibrées (« Right Side of Wrong » !), des hymnes (« Ain’t going back »), des notes de piano émouvantes. Rien qu’en l’écoutant, l’envie irrépressible d’acheter une Tesla et de cruiser sans fin dans le désert sur la highway vers le soleil couchant les subwooofers à fond vous étreint. Le pari d’exister loin de ses comparses ingrats est gagné haut la main ! Secondé par Paul Taylor (Winger) aux claviers, Ray Luzier (Korn) à la batterie, Chris Collier (Whitesnake, Prong, etc.) à la basse, Jacob Bunton et Brion Gamboa au chant, Mick Mars retrouve aussi le revenant Michael Wagener à la production, celui-là même qui œuvrait sur Too Fast For Love. Il est manifeste que tout a été pensé pour que cet album fasse un carton (et la nique à ses comparses ingrats). Et pourtant, si notre objectivité de chroniqueur ne nous en préservait pas, l’écoute de cet album aurait de quoi en générer, des « pourtants ». Dès le premier titre déjà, « Loyal to the lie », qui étrangement évoque plus SIXX A.M que Mötley Crue. La quasi absence de solo dignes de ce nom aussi (pour ne pas les qualifier d’indigents). Le piano et les claviers omniprésents, peut-être plus que l’instrument de prédilection de sieur Mick. Des arrangements de cordes sirupeux. Ces ballades ou mid-tempo somptueux mais tellement impersonnels (« Alone », « Undone ») et parfois à la limite de la niaiserie (« Memories »). Dans ses inspirations, cet album réalisé en quelques mois seulement est tellement décousu qu’il est difficile de croire qu’il est issu du cerveau d’un seul homme, lequel de surcroit n’a jamais été capable en plusieurs décennies de finaliser cet album solo qu’il n’eut de cesse d’annoncer. Et tout d’un coup, le voilà qui pond dix hits potentiels alors que ce qu’il composait pour Mötley Crüe était recalé la plupart du temps. Et le gaillard de se vanter dans la presse : « ceux qui s’attendent à entendre du Môtley vont être déçus, ils ne me reconnaîtront pas ! ». Et pour cause ! Il devient alors légitime de se poser la question : si cet album étincelant est aussi anonyme, ne serait-ce pas parce que ceux qui l’ont réellement écrit le sont restés ? Sans verser dans le complotisme, à l’heure où l’intelligence artificielle s’immisce dans les arts, lui confier la réalisation d’un album aussi formaté et générique ne paraît pas vraiment hors de portée, bien au contraire tant les codes les plus commerciaux du genre y sont savamment pesés. Alors oui, ce The Other Side of Mars est vraiment bien foutu et très agréable, mais on ne nous empêchera pas de penser que quelque part, quelqu’un nous prend un peu pour des jambons.

Mick MARS
« The Other Side of Mars »
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Sortie le 23 février 2024
