[HELLFEST 2024] 2: LE JEUDI

Précédemment : 1: Préambule

Depuis que le Hellfest s’étend sur quatre jours, le jeudi a des allures de traquenard. On arrive plus tard mais on en fait autant, et on finit sur les rotules à tel point qu’on se demande comment on tiendra le rythme trois autres jours. Bien évidemment, cette impression est fausse. Mais il est vrai que cette première journée écourtée est bien remplie : obtenir son bracelet, charger sa cashless, boire sa première bière (et découvrir que désormais la taille minimum du gobelet est de 56cl – avec un faux col bonus la poussant à 60cl -), faire le tour complet du site pour s’approprier les lieux (découvrir les nouveaux aménagements), rencontrer un tas d’amis et après les avoir enlacés chaleureusement s’entendre dire réciproquement « On se capte dès qu’on peut durant le weekend ! » (alors que pour la plupart on ne se reverra plus), et puis évidemment courir devant la première scène selon le running order que l’on aura passé des semaines à personnaliser. Celui-là même qu’on ne parviendra pas à respecter totalement… Parfois avec regret, parfois avec bonheur quand on reste scotché devant un groupe que l’on n’attendait pas. C’est ce qui fait le sel de ce festival. Contrairement à ce que la météo avait prévu quelques jours auparavant, il fait diablement chaud sur le site aujourd’hui (pour quelqu’un qui vit sous la pluie depuis des mois !), la sueur vient même à perler le long de ma colonne vertébrale, il y là quelque chose qui tient du miracle. Ou de l’Enfer. Le site est bien (trop) peuplé pour un jeudi, et c’est annonciateur d’une jauge dont les contours resteront comme chaque année flous. Running order, donc (stay focused) ! Nos pas nous mènent jusqu’à la Valley pour débuter le weekend par les fondamentaux du style musical qui a bercé notre vie avec les bretons de Komodrag & the Mounodor qui, avec force (entre autres) pattes d’éph’ et pilosité faciale surdéveloppée à défricher, nous entrainent aux racines du hard-rock en faisant revivre les années 70 avec un entrain et une joie hautement communicatifs. On s’y croirait ! Festive à souhait, leur musique conjugue en live les ingrédients propres à embraser une assistance particulièrement fournie ! Une vraie belle découverte pour ouvrir les hostilités. De la Valley à la Warzone, il n’y a – littéralement – qu’un pas (sous le regard bienveillant de Lemmy), et les festivités s’enchaînent brillamment en mode grand écart avec les suédois de Thrown qui distillent un hardcore énergique, avec ses bons et mauvais côtés : de gros riffs…. et déja les morceaux sont finis. Non seulement c’est efficace, c’est aussi dynamisant. En hommage certainement à la Bretagne, le batteur joue en marinière et le guitariste sous un k-way avec capuche (le pauvre, lui aussi doit sentir la sueur perler dans le dos !). Deux scènes, deux ambiances, le Hellfest 2024 est lancé ! Un passage écourté ensuite sous la Temple sans être convaincu par le doom / dark ambient très statique et linéaire des allemands de (DOLCH), qu’un ami italien (fan de Yoda) résuma ainsi : « Qui un bon moment passer voulut, (DOLCH) évita ! », et il est déjà 19h30. Slayer d’aller voir Kerry King ! Fort d’un premier album sorti sous son nom il y a quelques semaines, le guitariste emblématique de Slayer se produit déjà au Hellfest sur la mainstage 1… pour cinquante petites minutes qui, passé l’efficace et entraînant « From Hell I Rise » qui donne son nom à ce premier album solo, paraissent une éternité. Tout dans la prestation du groupe pourtant talentueux qui l’accompagne suinte le canada dry, le doppelgänger de chez Wish. De l’attitude des musiciens dont le professionnalisme masque plus ou moins habilement leur statut de salarié, jusqu’aux recettes éculées d’un thrash sans ambition ou encore les flammes en mousse qui jaillissent en volutes sur le devant de la scène. Trop long, trop basique, le set ne prend vie qu’au moment de la reprise de « Raining Blood ». Etre et avoir été. Et pourtant, à l’image de son batteur, Kerry est entouré d’un beau staff. Finira-t-il comme tous les guitaristes dont les initiales sont K.K, condamné à vivoter dans l’ombre du groupe qui l’a rendu célèbre ? Rien n’est moins sûr, si l’on en croit la réaction hystérique des fans de la première heure, à commencer par l’une des amies m’accompagnant, sautillant comme une puce durant tout le set. A sa décharge, il m’appartient de préciser que sa tenue, estampillée Slayer des pieds à la tête, ne laisse planer aucun doute sur sa fanitude indéfectible. Manu, si tu me lis… Resté planté là à la fin du set, abandonné par mes amis, je me trouve malgré moi témoin du « spectacle » qui débute ensuite sur la mainstage 2 : le show de Babymetal… qui ne figurait pas sur mon running order. Je suis en quelque sorte victime de cet enchaînement. Victime consentante malgré elle (?). Que fait la HellWatch ? Rien, débrouille-toi ! Commence alors sous un son moderne et définitivement metal bétonné de grosses guitares un exercice combinant zumba, san-ku-kai, ou encore GRS, réceptionné par le public avec un enthousiasme qui aurait eu de quoi laisser pantois Kerry King s’il n’était pas déjà sous la douche (voire même rentré à San Francisco). Je reste pour ma part tétanisé devant cette prestation pendant vingt bonnes minutes, tandis que démarrent les circle pits. Ma principale interrogation, au-delà de la qualité intrinsèque de cette prestation, est : Kerry King, et la musique qu’il défend et représente, ne viennent-ils pas de prendre un sacré coup de vieux ? C’est tout le paradigme de ma construction musicale qui s’en trouve ébranlé (Je n’ai toujours pas la réponse). Comprenant alors qu’aucune réponse ne me serait apportée par Megadeth, l’heure est venue d’aller me nourrir. Il est 22 h 55 quand, placé à proximité de la scène sous la Temple, je m’apprête à pénétrer dans une autre dimension, celle de la musique de Shining qui vient interpréter en intégralité son fameux « BlackJazz », album de référence dans sa discographie sorti il y a bientôt quinze ans et toujours aussi out of this world. En toute subjectivité, le show est dantesque ! Jørgen Munkeby (chant/guitare/saxo), virevoltant, occupe la scène tel un monstre rock, quelque part entre Elvis et Nick Rivers, et manie un français basiquement hyper efficace. Le groupe joue à l’unisson dans cette débauche d’énergie, sous des lights hypnotiques. « Blackjazz » reste une vraie expérience hors du commun, même si l’on regrettera quelques longueurs improvisées avant la reprise finale du « 21st Century Schizoid Man » de King Crimson. Cette prestation exigeante peut ne pas plaire à tout le monde, mais force est de reconnaître son originalité et sa puissance. Une expérience à vivre un jour. Quelques titres de Avenged Sevenfold, sur la Mainstage 1, aideront à nous en remettre. D’autant plus que le groupe jouera cinq titres de « Life is but a Dream », son excellent et précieux dernier album en date (dont une version parfaite de « Nobody » qui ravira votre serviteur). Il est alors 1:00 du mat. J’ai des frissons, je baisse le son. Et je regagne à pied le parking ouest. Demain sera une journée chargée !

Photographie de couverture : Nico Caron (Thx Bro !) pour www.metalchroniques.fr !

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