Le Streaming pour entretenir la bêtise

A l’heure où la bande dessinée était encore un art balbutiant, la redondance entre l’image et le texte était la norme. Ainsi pouvait-on par exemple lire dans un encadré : « le sauvage s’est jeté dans le fleuve pour combattre à mains nues le féroce crocodile dont la mâchoire béante révèle des rangées de dents acérées alors que sa queue menaçante virevolte autour de son assaillant », tandis que la case montrait par ailleurs un indigène combattre un effrayant crocodile sans arme. Heureusement, au fil des décennies, l’art de la BD (et ses thèmes) se sont affinés, pour tirer le meilleur parti d’un art quand même principalement visuel. Parce que, aussi, les lecteurs ont vite parfait leur éducation. Il en est ainsi finalement de tous les arts visuels, dont le cinéma qui érigea en principe la notion de « show, don ‘t tell » (montrer plutôt que dire…) qui en appelle à l’intelligence, au sens de l’observation et la réflexion du spectateur. Bien sûr parfois ce qui est montré à l’écran n’est pas totalement explicite, mais c’est ce qui fait le charme de l’expérience visuelle. La récente disparition de David Lynch et, pour certains, la redécouverte de son œuvre est là pour l’illustrer. On peut penser qu’en 2025, au terme d’un processus bientôt séculaire, le lecteur, le spectateur, n’a plus envie d’être pris pour un débile. Et bien non, détrompez vous. En tout cas, ce n’est pas ce que pensent certains faiseurs d’images, comme s’il y avait une place grandissante, notamment au niveau des propositions pléthoriques de services de streaming, pour encourager la fainéantise, l’abêtissement, voire l’asservissement. Ainsi, les exécutifs de Netflix demandent désormais à leurs scénaristes de faire dire à leurs personnage ce qu’ils font en temps réel, et ce, tenez-vous bien, pour que les spectateurs qui seraient occupés à autre chose (la vaisselle, les enfants, etc.) puissent suivre uniquement à l’oreille ce qu’il se passe à l’écran, sans rater aucun développement de l’action. Dans le même esprit, NETFLIX aurait donné le feu vert à tout un tas de programmes dont certains étiquetés sous une nouvelle catégorie appelée « casual viewing ». C’est-à-dire des programmes qui ne nécessitent aucune attention assidue. Parallèlement à cela, PRIME VIDEO de son côté n’entend plus développer de programmes originaux, mais se concentrerait de plus en plus sur ce qui fait le plus d’audience (avec le moins d’investissement) : le sport ! Je me souviens (c’est quand même encore assez récent !) quand les services de streaming sont arrivés en force, ils vantaient la création, la qualité, la différence, l’offre…. le plaisir. Aujourd’hui il faut se rendre à l’évidence, ils nous prennent pour des débiles pour nous vendre « de la merde en pot » (et je ne parle pas de la publicité qui est réapparue sur tous les sites). Combien de temps encore durera ce système ? Combien de temps encore s’y accrochera-t’on ? Pour ma part, le compte à rebours est enclenché.

Laisser un commentaire