DEF LEPPARD a sorti son premier album intitulé On Through The Night en 1980. Je m’en souviens très bien, j’étais en 3ème. Le fils de la prof d’anglais, Madame Galand, détonnait dans notre collège de Roubaix plutôt BCBG avec son look perfecto / cheveux longs. Malgré mes mocassins à pompons, mes pulls Solfin ras du cou et ma coiffure rangée, il avait lu en moi et savait qu’il pouvait me faire confiance. Il avait compris qui j’étais derrière mon apparence et me prêtait ses vinyles. Précautionneux, il me les prêtait malgré tout dans un emballage en carton, sécurisé par deux plaques de polystyrène. 1980, c’était avant YouTube, avant Spotify, c’était il y a presque un demi-siècle. En me remettant son carton, il me dit « C’est génial, ce sont des jeunes comme nous ! ». Forcément, j’ai trouvé ce premier album génial et je l’ai immédiatement copié sur K7. A l’époque, je dévorais tout. Je devais me faire mon éducation musicale, et le hard-rock était en pleine expansion. Leur second album sorti en un an plus tard, parfaitement maitrisé dans ses riffs AC/DCiens, me parle tellement, et aujourd’hui encore je ne peux m’empêcher de chanter et taper du pied quand j’entends « Hit and Run », « Let it Go » ou « Mirror, Mirror » ! Il faut attendre deux ans pour subir la claque suivante, et quelle claque !, avec Pyromania qui sort à l’été 83. Je grandis, mes connaissance musicales s’affinent, et Def Leppard m’accompagne toujours ! Quand Enfer magazine sort son premier numéro en avril 1983, Def Leppard en fait la couverture et le poster central. Ils sont des stars. Déjà. Et Hysteria n’est pas encore né. A ce moment, j’ai changé de région, et le 08 novembre 1983 je les vois en concert à Brest, avec Rock Goddess en première partie. Quand j’en parle aujourd’hui autour de moi, plus de quarante ans plus tard, j’ai l’impression que tous mes amis d’aujourd’hui y étaient. Je pense que n’importe quel fan dans n’importe quelle région de France a vécu cette communion à l’époque. Hysteria est arrivé en 1987. J’avais vingt ans. Ce n’était pas l’évolution que j’attendais du groupe à ce moment-là. Aujourd’hui, je pense que c’est leur meilleur album. Mais il m’a fallu du temps pour l’accepter, assez longtemps pour être insatisfait de leurs albums suivants pendant des années (aujourd’hui encore ? Mais j’ai vieilli, et eux aussi…). Le grunge avait pris le dessus, le hard-rock était oublié, et oublié des groupes qui avaient fait sa gloire aussi. Je garde une affection particulière pour le groupe dont pourtant je ne considère pas les membres comme des virtuoses. Ils ont longtemps boudé la France ensuite, et quand ils sont revenus, les setlists pouvaient être très décevantes, accumulant des balades insipides, ou jouissives quand elles tournaient autour de High’n’dry à Hysteria. Bizarrement trois albums très différents mais ayant la particularité d’avoir été produits par Robert John Mutt Lange. Pourquoi vous parler de tout cela ? Parce que ma femme depuis trois semaines ne passe pas une journée sans écouter Hysteria. Je ne sais pas pourquoi. Alors je me replonge dans mes souvenirs. Ce soir, nous avons regardé le Blu-ray du concert de l’O2 de Londres filmé en 2018. La setlist était basée sur Hystera joué en intégralité, puis quelques titres en rappel. Bien évidemment tout était très pro, avec toujours ces doutes sur la voix de Joe Eliott (direct ou pas ?), mais quel pied ! Ce qui m’a interpelé, c’est la précision et la justesse de l’interprétation de ce chef d’œuvre, les tenues de scène, le clinquant, les chœurs, la scénographie…. Tout était beau. Et puis dans la deuxième partie du concert, qui débute par une rageuse version de « Wasted », tout explose : les musiciens sont en t-shirts, ils interagissent, Joe Elliot crie,… En fait, le rock resurgit ! Comme si la première partie du concert leur avait demandé une concentration ultime, comme s’ils étaient soudainement soulagés, libérés ! Def Leppard n’ont jamais été metal, mais ils ont traversé le mouvement, connu une gloire commerciale, et peut-être jamais été en mesure d’exprimer à sa juste mesure leur amour pour le glam. Def Leppard, un groupe incompris ? J’aurais aimé, peut-être un jour (je déconne) taper la discute avec Joe Elliot, et lui poser cette question : « Si tu avais pu choisir lequel de tes albums allait devenu un succès commercial interplanétaire, que tu serais amené à jouer en intégralité encore et encore, aurais-tu misé sur Hysteria, ou un autre ? ». Je pense que je ne le saurai jamais. Def Leppard passe à l’Accor Arena début juillet prochain. Je pense y emmener ma femme. A défaut de réponse. Pour vibrer une dernière fois.
