[CONCERT] SAXON + SORTILEGE + OVERDRIVERS (NANTES 15 05 2026)

15 mai 2026. Je me rends au Zenith de Nantes pour assister au concert de SAXON initialement programmé en septembre dernier mais reporté pour cause de soucis de santé de Biff Byford, emblématique chanteur et unique membre fondateur encore en activité du groupe mythique de Barnsley fondé en 1975. Ce concert s’inscrit dans le cadre du Castles & Eagles tour, célébrant notamment le deuxième album du groupe, Wheels of Steel, sorti en 1980 et joué en intégralité pour l’occasion. Pour leurs trois concerts français consécutifs aux Zéniths de Nantes, Toulouse et Paris, les anglais sont accompagnés de SORTILEGE en special guests, tandis qu’OVERDRIVERS est chargé d’allumer les premières mèches. Autant dire que ces soirées sont profondément marquées du sceau des années 80. Et du temps passé plus encore que de sa persistance, et aussi de l’âge… de tous les participants, qu’ils soient dans les gradins, la fosse ou sur scène. Tous les éléments sont réunis pour célébrer une vie de passion musicale, et pourtant une pensée aussi furtive qu’élaborée me traverse l’esprit à la veille de l’événement : « et s’il s’agissait là du dernier grand concert de metal auquel j’assisterai, de toute ma vie ? ». Et si plus que « célébrer » cette soirée allait « clôturer » ?


Plusieurs raisons indépendantes mais convergeantes m’amènent à le croire : le fait de résider à plus de 6 h de route du centre névralgique du metal (Paris), là où tant de groupes font leur unique étape française…, la disparition aujourd’hui quotidienne des groupes et musiciens qui ont nourri ma passion musicale depuis la fin des années 70…, mon âge bien évidemment qui à mon grand désarroi suit celui de mes idoles…, le fait que lorsque les « dinosaures » sillonnent la France ce n’est plus bien souvent que sur un axe Lyon/Paris/Lille (à l’opposé de chez moi et l’explosion des prix des carburants ne devrait rien arranger à cela)…, les affiches de festivals qui peinent (et pour cause !) à me ravir,… c’est un changement total de paradigme. Le monde musical qui fut le mien et celui de ma génération est révolu. It was fun as long as it lasted. Now it’s over, or just slowly dying. Curieusement, je me surprends à l’accepter plutôt bien. Pas « avec philosophie » comme on dit parfois, mais « naturellement' » Ni regret, ni remord. Alors cette fois, pour ce qui sera peut-être la der-des-ders, je suis plutôt content de vivre « dans la fosse » ce concert événement avec ces trois groupes-là, car c’est un joli plateau pour une soirée aux belles allures de finale. Et qui sait, peut-être parviendront-ils à me faire réviser cette fatale intuition ?




J’arrive au Zenith, il pleuvote. Les portes sont fermées, deux files sont déjà formées devant les portiques de sécurité. Mon frère, qui a pris son billet dans la journée pour me soutenir dans cet enterrement de vie de fan, m’informe qu’il arrive. Je sors de ma file pour l’attendre. Je patiente en regardant ces files, et tous ces fans souriants qui les composent. Y a-t-il un âge où l’on cesse d’être fan ? Je m’apprête à saluer mon frère avec un bon mot «  Si tu as des cheveux et qu’ils ne sont pas blancs, l’accès te sera refusé ! ». Je n’ai pas le temps de parler, il me lance «  L’EHPAD est de sortie ? ». Nous rions. Jaune. Je passe la fouille, et constate une fois de plus que plus les années passent, plus elle devient formelle. Je pense que je suis arrivé au stade où mon physique n’est plus menaçant. L’a-t-il seulement été un jour ? Mon frère me paye une pinte. Nous traînons dans le hall où je croise des têtes connues. J’y retrouve, toujours avec bonheur, quelques amis trop rares. Je vois Adrien des Overdrivers fendre rapidement la petite foule, capuche sur la tête, regard pointé vers le sol. Il me dira plus tard dans la soirée qu’il me cherchait. Je me voyais plus grand.




La salle, bien que les gradins supérieurs et latéraux soient occultés par de grands rideaux noirs, est déjà bien garnie, et la fosse au moins à moitié pleine. La scène est surmontée d’un backdrop floqué au nom de Sortilège, de même que la batterie installée sous celui-ci. Dans un petit coin à droite de la scène j’aperçois la batterie d’Overdrivers. Les nordistes ouvrent le bal à 19 h pétantes pour 25 minutes d’énergie hautement communicatives. Mes voisins (chauves) headbanguent à tout va, comme ils le faisaient probablement il y a 40 ou 50 ans. Le rock que l’on qualifiera d’Australien d’Overdrivers est binaire comme il faut, rythmé et rapide comme un feu de forêt hors de contrôle. Avec la batterie ainsi exilée en bord de scène, les quatre musiciens occupent cette dernière comme une seule ligne. Une ligne de front. Le set court, de « Bad Breath Girl » à « Rockin’ Hell », est gavé de riffs, de solos, de courses, et même de roulements au sol pour d’Anthony lors d’un solo épileptique. L’énergie ne faiblit pas une seconde dans ce show ultra-énergique d’une efficacité redoutable. Les musiciens roulent des épaules qu’ils ont musclées, et violentent l’assistance comme s’il n’y avait pas trente-six façons d’enflammer une salle, qu’il s’agisse d’un bar ou d’un stade. Aux clameurs et à l’applaudimètre, ce rôle ingrat de chauffeur de salle ce soir est parfaitement rempli et Adrien est parfait en Maître de Cérémonie. Que leur route soit encore longue ! Et puis prendre une claque par des trentenaires alors qu’on s’apitoie sur son sort de vieux fan aigri, c’est une peu une leçon, non ?



Quelques minutes pour se dégourdir les jambes, vider sa vessie, reprendre un godet (d’hydromel moussant), recroiser les amis,… et SORTILEGE monte sur scène. Joli backdrop, disais-je, et l’occasion de voir Michaël Zurita à la guitare lead, en lieu et place de Bruno Ramos qui nous a tragiquement quitté. Bon, en ne vas pas se mentir, ce n’est pas tout à fait pareil. Musicalement, bien évidemment, il n’y a rien à dire, mais scéniquement Zurita est dans un autre monde, et probablement plus avec ses amis imaginaires qu’avec le public. Chacun sa personnalité. Depuis sa reformation, Sortilège a sorti deux albums studio composés de nouveaux titres et alterne ce soir ceux-ci avec les « anciens ». L’ambiance en perd son aspect karaoké nostalgique. C’est donc une autre ambiance encore, mais une ambiance dominée par un Zouille radieux et royal, à la vois impériale. Derrière ses lunettes noires, il porte le groupe à bout de bras, tendus vers les cieux (les bras). Le set passe en un battement de paupière, le public qui encore une fois a pour la plupart l’âge du groupe, est ravi, communique, chante (les morceaux anciens donc), et donne de la voix. Je note que le groupe interprète peut-être ce soir pour la première fois « Le poids de l’âme », le morceau éponyme de son excellent dernier album. J’écris « peut-être » car Zouille et Olivier ne sont pas d’accord sur ce point sur scène. Les effets de l’âge, probablement, encore une fois. Cette vacherie. Mais l’âge n’est pas une fatalité, me dis-je en reprenant à tue-tête « Amazone », le morceau préféré de Bruno Ramos selon Zouille. Tiens, le mien aussi… Celui avec lequel j’ai découvert Sortilège, à sa sortie en ? euh… Il y a quelques décennies. Toujours est-il qu’après ces deux concerts, mon « moi » ado est remonté à la surface et nage alors tranquillement la brasse dans l’océan de mes souvenirs, et j’ignore que j’allais être à mon tour rapidement emporté par le courant.



Après une courte pause, les patrons de la soirée entament un set qui ne connaitra aucun temps mort. Pas même entre les rappels. Le son est clair et puissant. Et visiblement ils étaient attendus ! Alors que les titres s’enchainent, l’expression qui me vient est « quel bonheur ! ». Du haut de ses presque 76 printemps et malgré ses multiples déboires de santé, Biff, crinière au vent, est majestueux. Le fidèle Paul Quinn, retiré des tournées depuis 2023 est absent mais remplacé de mains de maître par Brian « Diamond Head » Tatler. On retrouve bien sûr Nigel Clocker à la batterie, lui qui frappa ses premiers fûts pour le groupe en 1981, Nibbs Carter à la basse et au cours d’anatomie musculaire, et Doug Scarratt aux guitares, respectivement dans le groupe depuis 38 et 30 ans. De là à dire que le groupe est affuté et maîtrise son sujet, c’est un euphémisme ! Biff a publié la setlist sur les réseaux en guise de teaser. C’est un fait : la soirée est faite pour les gens comme moi, ceux qui n’ont plus vingt ans, mais qui à cet âge faisaient tourner en boucle Wheels of Steel, Strong Arm of the Law, Denim and Leather, Power and the Glory et Crusader, cinq albums fondateurs sortis entre 1980 et 1984. Les plus purs diront certains, avant le virage américano-radiophonique assumé. J’acquiesce ! 20 titres ce soir, dont 18 issus de ces disques. Mon moi ado est à la dérive, chahuté par les flots. Remontent alors à la surface les paroles de la plupart de ces titres, soigneusement enregistrées dans quelques neurones (du 45 ans d’âge !), et repris aussi en chœur par un Zenith conquis. Il y a du formol dans l’air ce soir, mais on s’en fout, bien au contraire ! L’âge ? Mais quel âge, de quoi me parlez-vous ? Ce n’est pas un concert, c’est un best of live de mon adolescence qui se joue ce soir. Biff enfile une veste à patch lancée depuis la fosse. Une seconde, sans un seul patch, est lancée aussi et il ne sait que faire de ce vêtement particulièrement incongru dans sa nature en cette soirée. C’est Nibbs qui l’enfilera, son corps desséché s’accommodant de cette taille XS ! Le groupe gère ses effets, sa présence sur scène est exemplaire, et il joue sous le fameux aigle de metal, articulé et lumineux, dont malheureusement la tête me rappelle irrémédiablement (surtout diablement, d’ailleurs) celle de Sam, l’aigle moralisateur des Muppets (Là où les autres spectateurs n’auront qu’en tête les images du live The Eagle has Landed). Placés dans la fosse, non loin de son entrée gauche, nous sommes enveloppés d’une forte odeur de cuisson émanant des cuisines du Zenith, à tel point que je me surprends à crier dans l’oreille de mon frère : « Quelle bonne idée d’avoir organisé cette soirée dans une pizzéria ! ». Je pense qu’à ce moment, mon moi ado a pris le dessus. C’est toujours lui qui parle, trois jours plus tard.

Alors que prend fin vers 23h cette formidable soirée sans compromis, force m’est de reconnaître qu’elle aura fait honneur à la sincérité, l’honnêteté, au plaisir intemporel, au bonheur, à l’énergie, et les certitudes qui m’avaient amené à une conclusion absurde sont remplacées par d’autres. Quelqu’un m’a dit ce soir que je me posais trop de questions. C’est sûrement vrai. Ma femme m’a dit : « Ah, tu vois ! ». Mais quand même….

Je ne souhaite qu’une chose. Que les promoteurs, tourneurs, groupes,… comprennent enfin qu’il y a de la vie, des fans à satisfaire, et je l’espère de l’argent à gagner, en organisant de telles tournées hors des sempiternels salles parisiennes et départements situés le long de l’Allemagne, du Luxembourg ou de la Belgique. Il y a ailleurs, ici aussi, des vieux qui ne demandent qu’à redevenir jeunes, au moins le temps d’un soir…

Vous n’imaginez pas le plaisir que vous avez à leur offrir.

PS : Je reviendrai.

PPS : Merci à Pascale, Nicolas, Christophe et David pour ces souvenirs visuels !

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