MASTODON « Marrow Deep » (2026)


Que pouvait-on attendre de Mastodon après huit albums studio en 26 ans d’existence, alors même que son insaisissable génie Brent Hinds nous a quittés de manière dramatique en août 2025 après avoir été viré du groupe ? A la fois tout et rien, sauf presque nécessairement une surprise. Hinds, c’était cette voix nasillarde aussi irritante qu’envoutante, ces solos imaginatifs et incandescents, ce côté sombre et tempétueux, faussement brouillon, qui faisait le son du groupe. La découverte de ce Marrow Deep n’a pas été facile. Cette impression de découvrir un groupe orphelin à la fois de son chanteur, de son soliste, et de son compositeur… Cette sensation d’entendre des démos, des squelettes de morceaux, sur lesquels Brent n’a pas encore posé sa patte… La joie de voir l’un de ses groupes favoris ressusciter, et la frustration de ne pas trouver dans cet album l’assaisonnement habituel… Hinds mettait dans ses interventions son cœur, ses tripes, et à tout moment un potentiel inconventionnel inattendu, toujours excitant. Ici, les ingrédients sont là, mais tout est cliniquement clinquant, réfléchi, froidement cérébral, avec un place accordée au vide. C’est une révolution. Avant de ranger prématurément cet album pour ne pas souffrir de cette frustration à chaque écoute, j’ai entrepris de me replonger dans la discographie complète du groupe, de savourer le Mastodon d’avant. Je vous le conseille, c’est un beau voyage. Tous les albums ne se valent pas, certains sont simplement inégaux, notamment les plus récents. Mais à chaque fois, y compris dans les titres les moins inspirés ou les plus anodins, Hinds parvenait au détour d’un couplet ou d’un riff à nourrir certaines parties d’un supplément d’âme à nul autre égal. Emouvant et magique. Réécoutant cette œuvre, j’ai fait mon deuil. Bizarrement, l’écoute de Marrow Deep m’est devenue plus facile, plus évidente. Ce Mastodon 2.0 a d’autres qualités. Le chant est certes plus monocorde, mais l’énergie est là. Certains titres en milieu d’album sont plus faibles, dispensables, mais peut-être nécessaires dans un album du retour, comme si le groupe avait trop à prouver. Plus objectivement, on pourra regretter des solos de guitares bien en retrait par rapport à l’identité antérieure du groupe, et des interventions au synthés vintage qui ne sont pas sans évoquer la dérive seventies d’Opeth. Question de goûts. Et puis cette production léchée… objectivement, Mastodon ouvre résolument une nouvelle page de son histoire. Sûrement plus grand public. Loin de la spécificité qui fondait sa singularité. Alors il faut oublier et partir sur une page blanche. Objectivement encore, dans cet état d’esprit, il est difficile de ne pas reconnaître que Mastodon a sorti un formidable album de metal, loin au-dessus de la concurrence.

MASTODON
« Marrow Deep»
Lorna Vista Recordings


Sortie le 28 août 2026

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