Pas plus tard que dans le précédent épisode (à lire ici), nous avons dressé un état des lieux quelque peu morose d’un festival qui semble parvenu à un tournant de son histoire. Afin d’équilibrer le compte rendu de nos impressions sur cette édition 2023, le temps nous paraît opportun de vous dire sans plus tarder comme il fait bon être festivalier à Clisson.
Nous aurions aimé vous parler du Leclerc et ses scènes off, du camping et ses nuits agitées, du pittoresque écrin de verdure vineuse qui accueille le festival, des libations à n’en plus finir, et de toutes ces choses que malheureusement nous n’avons pas vécues, car de l’autre côté du miroir le HELLFEST est plus que jamais le pays joyeux des enfants heureux.
Le festivalier débarque seul, en couple ou en tribu au megaparking où il laisse sans sourciller derrière lui les soucis et tracas du quotidien dans le coffre du véhicule qu’il abandonne à la poussière pour plusieurs jours, et, métamorphosé, paré de ses plus beaux atours, tatouages aux vents partiellement masqués par le blanc de la crème solaire qu’il n’a pas pris la peine d’étaler correctement, il se dirige sourire aux lèvres vers les navettes bigarrées en double file qu’il empruntera entouré de gens comme lui dont il détaille la tenue des pieds à la tête avec autant d’envie que d’admiration (en espérant susciter une réaction réciproque). Il n’a pas fait 300 pas qu’il est déjà chez lui. Comme tous les ans, il se sent déjà bien. Différent. S’il est courageux, et puisque le parking n’est plus situé (comme avant La Grande Pandémie) à l’opposé d’une rocade aussi bitumée que déshumanisée, il emprunte plutôt le petit chemin terreux et caillouteux qui serpente le long des vignes, guidé par les décibels qui emplissent l’air à l’approche du cœur de rocker de Clisson Rock City. Il écoute les gens qui marchent avec lui, qui sont comme lui. Il leur parle. Il communie déjà. Quand après une trentaine de minutes il arrive au rond-point de la guitare (qui a sûrement un autre nom mais peu importe), il repense avec émotion à son père qui lui lisait petit les aventures du petit bonhomme de pain d’épice, car il sait que cette guitare est la sienne, ils ont la même apparence. « A moins qu’il ne s’agisse de celle du bonhomme géant de pain d’épice ? » se dit-il, « ça paraît plus logique ». En longeant le trottoir où accostent les navettes, il lit les innombrables affiches qui le bordent et dont le niveau d’anglais a été adapté aux enfants de moins de dix ans : « Pas franchir la ligne ! Pas franchir la ligne ! Pas franchir la ligne ! ». Il en rit encore en pénétrant en sautillant au Hellsquare, où il découvre avec joie que ses amis les animaux n’ont pas été oubliés cette année avec la présence de la SPA. Comme tous les métalleux, il adore les animaux. Surtout les rats et les serpents. Mais pas les araignées, beurk ! En franchissant les portes de la cathédrale, il ressent un frisson qui s’accentue encore en découvrant le crâne géant argenté qui l’accueille ! Ca y est, il y est, cet enfer est son paradis. Il règle sa montre connectée pour se congratuler dans quatre jours quand il aura explosé ses compteurs de marche en même temps que les semelles de ses chaussures achetées pour l’occasion. Ebahi, il fait d’abord le tour du site, découvre ses nouveautés. Il regrette que la Valley ait été déplacée en plein air derrière la Cuisine de l’Enfer mais se réjouit en découvrant The Sanctuary, le magasin qui a pris sa place. Quelle belle architecture ! Quel gigantisme ! Pour sûr ce sera bien plus agréable de faire la queue devant ce temple, dont la physionomie tient à la fois de l’art gréco-romain et des Grands Anciens, que devant les affreux containers d’avant. Pour le coup, il se sent même prêt à y dépenser un peu plus que les années précédentes. En voyant les queues de plusieurs centaines de mètres qui s’étirent devant ses portes, il n’hésite pas deux fois à s’y rendre immédiatement pour s’équiper. Comme ses amis. Ici ils sont tous chez eux, coupés du monde, dans ce pays imaginaire et pourtant bien réel, alors il leur faut (cela ne se questionne pas) après s’être fait tatouer le H maléfique, porter les textiles aux nouvelles couleurs de cet univers. Deux heures de queue, cela donne chaud. Rien de tel qu’un bon tour de grande roue après être passé au stand jus de fruits ! Et puis pourquoi pas, une bonne glace à la vanille ! Certains privilégieront le bar à cocktails ou le pichet de Carlsberg (qui a pris la place de la Kro), mais ceux-là ne verront pas tous les concerts, c’est certain. Oui, il y a aussi des concerts sur le site. Mais difficile de résister aux sirènes du stand de merch artistes, placé juste à côté de The Sanctuary (quel heureux hasard !), qui propose de somptueux t-shirt KISS au prix ridicule de 50 €. De toute façon, on ne va pas au pays joyeux des enfants heureux pour faire des économies. Tout ceci n’a pas d’importance, parce que seul le festivalier a raison, et il a le sourire. Tout le temps. Il est aussi heureux, passionné, qu’indulgent. Pour un qui reconnaîtra que tel concert a déçu, que le groupe n’était pas dedans, que ce n’est plus ce que c’était, que la setlist était à ch**r, ou que le son était pourri, dix viendront dire l’inverse. Et vice versa. Et comme souvent, mis à part une ou deux découvertes, les meilleurs moments seront immanquablement ceux que le festivalier attendait. A quoi bon parler de musique, le festivalier est bon public. Il rit, il chante, il a l’âme joyeuse, celle de son enfance qu’il retrouve chaque année en se rendant à Clisson. Et ça, ça n’a pas de prix. Dans ce macrocosme éthique, les règles ont pourtant changé au fil des ans. Probablement parce que la roue tourne (pas que la grande, l’autre aussi) et que les festivaliers d’aujourd’hui sont en partie ceux qui accompagnaient leurs parents il y a 10 ou 15 ans. Le t-shirt le plus porté n’est plus flanqué au nom d’un groupe, mais du HELLFEST. Porter un t-shirt au nom d’un groupe, c’est aujourd’hui trahir son âge, et dans peu de temps sera devenu has-been. Est-ce un mal ? Honnêtement, il suffit de croiser les regards pour voir que sans idoles, la fête n’en est pas moins folle.
(Promis, dans le prochain épisode, on parlera musique).





Ce billet est d’une acidité totalement délicieuse !
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3eme HF cette année pour moi, j’ai 35 piges et un seul t shirt (de 2022 ) que j’ai acheté sur le merch en ligne à l’automne, pour le souvenir. Cette année j’ai changé d’idée en cours de route en flashant grave sur Saor et jme suis dit que leur prendre un t shirt à 25€ était un aussi bon signal pour eux (en plus de leur faire une potentielle pub) que de leur prendre un vinyle plus cher après que j’écouterai pas parce que flemme. Jamais je l’aurais fais à 50€ le t shirt. Chaque année j’écoute l’ensemble des groupes, attribue une note, et attends avec crainte le line up final. Chaque année je découvre des groupes qui me plaisent, chaque année je devient plus tolérant au growl, à la double pédale, au point désormais d’en redemander. Que certains préfèrent crâmer dans une file variée plutôt que devant une scène, grand bien leur fasse, ça fait moins de monde à « bousculer » pour bien se placer. Oui un bon jus de fruit ça fait du bien en guise de dessert, les sodas c’est pas mon truc et la pils ça va 5 min. Les têtes d’affiches? Cette année j’ai préféré voir dans de meilleures conditions des plus petits groupe qui me plaisaient ou alors je subissais (Motley Crue et son mauvais goût) en entendant. La relève arrivera c’est pas un soucis, ils demanderont moins en cachet car l’offre musicale s’est largement étalée, mais suffit de voir certains groupe à 10h30 pour comprendre que le genre n’est pas prêt de s’éteindre.
Le fait est que le festival n’a plus l’air de fonctionner sur vous du coup vous détournez certainement le regard vers ce qui fait grincer des dents, là ou avant votre esprit était peut être plus porté par ce qui vous plaisait, et non par ce qui vous dérangeait. J’ai du mal à croire que ce vous décriez depuis 2022 est arrivé d’un coup, que le fest a sombré dans l’abîme sans prévenir après le covid, j’ai lu des gens crier au scandale dès 2017, certainement que d’autre regrettait l’organisation d’encore avant. Je pense que la machine était en marche dès le premier HF et que la boule de neige sanguinolente ne fait que grossir d’année en année, c’est certainement ce qui aide l’équipe fixe à tenir le rythme en terme de motivation (toujours plus de nouveautés). Mais est ce qu’un festival de métal a besoin d’un décor? Pour moi non, des scènes avec un bon son et lumière, et des bars suffisent. La graine était planté dès la première bouteille de gaz découpée au plasma pour en faire une lampe, vous aviez certainement trouvé ça cool à l’époque, la suite est juste logique selon moi. Après que B. B. préfère des statues $$$ qu’un abris pour l’ombre ou la pluie (entre le temple et la forêt) c’est regrettable mais pas étonnant, il y a pris goût le bougre. Et qu’est ce que j’en ai à carrer d’un feu d’artifice? Jme dit que c’est certainement que c’est le « cadeau » du HF pour le voisinage qui a pour une fois l’image et le son? La superficialité c’est personnel, mais je parierai ma main à couper que si vous n’étiez jamais venu au HF vous auriez adoré l’expérience 2023.
De toute façon la billetterie est pliée dès son ouverture (on lance les dés à 13h00 et après on attends de voir sa place dans la file), impossible pour les habitués, les non touristes, d’être sûre d’avoir un pass, la renommée du festoche a un revers acide mais bien normal, plus on en parle (même nous) plus ça donne envie aux gens d’y aller, plus ça brasse large. Et c’est pareil pour les journalistes. La majorité des spectateurs en parle en bon terme car l’expérience est unique, même si elle fait grincer des dents pour pleins d’aspects (je pourrai lister mais à quoi bon? j’ai même pas d’élément de comparaison), elle suffit pour l’instant à ce que j’ai envie d’y retourner l’année suivante. Et qu’on ne me parle pas d’âge, j’ai « amené » mon beau père de 60 ans, fan de heavy dès son adolescence, il a pris son pied et s’est même lancé dans un pit sur un genre qu’il n’écoutait pas jusque là, il a râlé pour les tarifs divers mais au final il a déjà sa place pour l’année prochaine.
C’était mieux avant? j’en sais rien et ça m’est égal car j’y trouve, pour le moment, mon compte d’un point global y compris et surtout musical. Cette année je connaissais 15 personnes qui y allait, toutes étaient là pour la musique avant tout.
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Merci beaucoup pour ce commentaire plein de vérités ! On peut effectivement tourner le problème (à condition que c’en soit un) dans tous les sens. Le Hellfest a sa raison d’être et elle reste valable pour un public immense ! Les points positifs sont bien là, merci de le rappeler, et nous allons faire de même très bientôt ! Encore merci i !
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